Aller au contenu principal
own2pwn
Questionnaire sécurité fournisseur : ce que le site et le DNS répondent avant le fournisseur

Questionnaire sécurité fournisseur : ce que le site et le DNS répondent avant le fournisseur

Questionnaire sécurité fournisseur : ce que couvre un questionnaire type, ce que NIS2 impose, la portée des certifications, et ce que 704 organisations laissent lire de l'extérieur, mesuré le 6 octobre 2026.

Maxime J18 min de lectureMis à jour le

Le questionnaire dit oui. Et le serveur, il dit quoi ?

On observe la surface exposée d'un tiers depuis Internet, en passif, et on confronte ce qui est déclaré à ce qui est réellement servi.

Mesurer un fournisseur de l'extérieur

Le 22 mars 2022, le groupe Lapsus$ publie des captures d'écran d'une console d'administration Okta. L'intrusion, elle, remonte au mois de janvier : elle n'a pas visé Okta, mais Sitel, le prestataire à qui Okta avait confié une partie de son support client. Sitel fait analyser l'incident, le rapport de la société de forensique est achevé le 10 mars, et Okta n'en reçoit un résumé que le 17. Deux mois entre l'intrusion chez le sous-traitant et le moment où le donneur d'ordre a de quoi la qualifier. Okta annonce d'abord jusqu'à 366 clients potentiellement concernés, puis conclut, rapport complet en main, que deux l'ont réellement été. Personne ne doute que le contrat contenait une clause de notification d'incident, ni que Sitel avait rempli, quelque part, un questionnaire de sécurité fournisseur.

C'est le procès qu'on peut faire à l'exercice : un questionnaire de sécurité fournisseur produit un document, pas une garantie. Il n'est pas inutile pour autant, il structure la relation et fixe des engagements opposables. Mais entre le tableur renvoyé par le fournisseur et la réalité de ce qu'il expose sur Internet, il y a un écart que personne ne mesure jamais, alors qu'une partie de cet écart est publique et se constate sans rien demander à personne.

Ce qu'un questionnaire sécurité fournisseur couvre réellement

Les formats varient, du tableur maison de trente lignes aux référentiels normalisés comme le Consensus Assessments Initiative Questionnaire de la Cloud Security Alliance ou le SIG de Shared Assessments, qui dépassent allègrement les deux cents questions. Le fond, lui, tourne toujours autour des mêmes sept domaines.

L'organisation. Existe-t-il un responsable sécurité identifié, une politique de sécurité écrite et approuvée, une analyse de risques tenue à jour, un plan de continuité testé ? On cherche à savoir si la sécurité a un propriétaire, ou si elle est le passe-temps de l'administrateur système entre deux tickets.

L'hébergement et la localisation des données. Où tournent les machines, chez quel opérateur, sous quelle juridiction, avec quelles garanties de transfert hors Union européenne. C'est la partie où un acheteur mal informé confond le siège social du fournisseur avec l'emplacement physique de ses serveurs. Les deux n'ont rien à voir.

Le chiffrement. Données au repos, données en transit, gestion des clés. La question est presque toujours posée en oui/non, ce qui garantit une réponse en oui. Un fournisseur peut cocher "chiffrement en transit" en toute bonne foi tout en acceptant encore TLS 1.0 sur un vieux portail d'extranet.

La gestion des accès. Authentification multifacteur, revue périodique des habilitations, séparation des environnements, comptes d'administration, procédure de départ d'un salarié. C'est le domaine où les réponses sont les plus flatteuses et les écarts les plus fréquents, parce que le MFA "généralisé" oublie systématiquement deux ou trois accès techniques, ceux que fait remonter une vérification de la couverture MFA.

La sous-traitance en cascade. Le point le plus important et le plus mal traité. Votre fournisseur a lui-même des fournisseurs : hébergeur, CDN, prestataire de support, éditeur de la brique d'authentification, société de maintenance qui garde un accès distant. La chaîne descend plus loin qu'on ne l'imagine, et chaque maillon hérite d'une part de vos données. C'est le scénario Okta au mot près, et c'est aussi ce qui a rendu la vague MOVEit de 2023 si vaste : la BBC, British Airways et Boots n'utilisaient pas le logiciel de transfert de fichiers vulnérable, leur prestataire de paie Zellis, lui, l'utilisait.

La notification d'incident. Sous quel délai le fournisseur prévient, à partir de quel événement, avec quel niveau de détail, et à qui. La clause type dit "sans délai injustifié". Le calendrier Okta montre ce que cette formule vaut quand l'incident se produit deux étages plus bas dans la chaîne.

La réversibilité. Que se passe-t-il à la fin du contrat : format d'export des données, délai de mise à disposition, preuve de suppression, sort des sauvegardes, durée de conservation résiduelle. La question est posée dans un questionnaire sur trois, et c'est celle qui coûte le plus cher quand on découvre la réponse au moment de partir.

Le défaut de conception : personne ne vérifie

Un questionnaire de sécurité est une auto-évaluation. Le fournisseur rédige la copie et se note lui-même, dans un contexte où la mauvaise réponse coûte un contrat. L'incitation est claire, et elle ne pousse pas à la précision. Ce n'est même pas nécessairement de la mauvaise foi : la personne qui remplit le document est souvent commerciale ou juridique, elle recopie les réponses de la campagne précédente, et le décalage avec la réalité technique s'installe sans que quiconque mente sciemment.

Côté acheteur, le questionnaire revient rempli, il est classé, et il devient une pièce du dossier de conformité. La case cochée s'est transformée en preuve, exactement comme dans un outil GRC alimenté par ses propres déclarations. Le document produit alors une sensation de maîtrise qui décourage d'aller vérifier, alors qu'il n'a rien vérifié du tout. Un dossier fournisseur épais est parfois moins rassurant qu'un dossier mince accompagné de trois mesures externes.

valeur-de-preuve
Niveau 4
Le test contradictoire
Un test d'intrusion sur périmètre autorisé. Le seul niveau qui touche l'interne.
Niveau 3
La mesure externe
Ce que le fournisseur expose vraiment sur Internet, aujourd'hui, sans son accord.
Niveau 2
L'attestation d'un tiers
Certificat ou rapport d'audit. Vrai apport, mais périmètre et date déclarés.
Niveau 1
Le document produit
Politique, procédure, schéma. Prouve que le papier existe, pas qu'il est appliqué.
Niveau 0
La déclaration
Le fournisseur affirme. Personne ne contrôle. Valeur : contractuelle.
Toutes les pièces d'un dossier fournisseur n'ont pas la même valeur de preuve. La déclaration est le socle, elle n'est pas une vérification.

Ce classement ne rend pas les niveaux bas inutiles. Une politique écrite et une clause de notification sont indispensables, ne serait-ce que pour avoir un recours. Leur valeur de preuve n'est pas la même, et empiler dix documents de niveau 0 ne fabrique jamais un niveau 3.

Ce que NIS2 impose sur la chaîne d'approvisionnement

La directive (UE) 2022/2555 a fait entrer le sujet dans le droit dur. Son article 21.2 (d) range la sécurité de la chaîne d'approvisionnement parmi les dix mesures minimales de gestion des risques, "y compris les aspects liés à la sécurité concernant les relations entre chaque entité et ses fournisseurs ou prestataires de services directs". L'article 21.3 va plus loin en précisant ce qu'il faut regarder : les vulnérabilités propres à chaque fournisseur direct, et la qualité globale de ses produits et de ses pratiques de cybersécurité, procédures de développement sécurisé comprises. Le cadre général de la directive est détaillé dans notre article sur la directive NIS2.

Le point central est celui de la responsabilité. NIS2 n'impose pas au fournisseur d'être conforme : elle impose à l'entité assujettie de gérer le risque que ce fournisseur lui fait porter. Externaliser un service n'externalise pas l'obligation, et l'article 20 place explicitement l'approbation et le suivi de ces mesures sur les organes de direction, qui peuvent en répondre. Dit autrement : le jour où un sous-traitant se fait vider, "il nous avait dit que c'était chiffré" ne sera pas une défense.

L'effet de cascade sur les PME

Une conséquence directe : des milliers d'entreprises non assujetties vont recevoir des questionnaires parce que leurs clients, eux, le sont. C'est le ruissellement contractuel de l'article 21.2 (d), qu'on détaille dans NIS2 pour les PME. Si vous êtes du côté qui répond plutôt que du côté qui demande, la meilleure préparation consiste à mesurer votre propre surface avant que votre client ne le fasse à votre place.

Le secteur financier a droit à un régime plus dur encore. Le règlement DORA consacre tout un volet aux prestataires tiers de services TIC : registre d'informations des contrats à l'article 28, clauses contractuelles obligatoires à l'article 30, et désignation par les autorités européennes de surveillance des prestataires jugés critiques, qui basculent alors sous supervision directe. On y revient dans le règlement DORA. La logique est la même que dans NIS2, en plus prescriptif : la dépendance à un tiers devient un objet réglementé en soi.

Ce qu'aucun texte ne délivre

Il n'existe ni certification NIS2, ni attestation de conformité NIS2. Un fournisseur qui joint à son questionnaire un document se présentant comme tel vend de la peinture. Ce qui existe, ce sont des mesures démontrables et un dossier de preuve, sujet traité côté volet technique dans l'audit NIS2.

La portée réelle d'une certification jointe au dossier

La parade classique du fournisseur consiste à répondre au questionnaire en agrafant un certificat. C'est un vrai signal, un organisme tiers est passé et a regardé. Trois détails du document décident pourtant de ce qu'il vaut, et aucun ne figure sur la page de garde.

ISO/IEC 27001 : lisez le champ d'application

Un certificat ISO/IEC 27001 atteste qu'un système de management de la sécurité de l'information a été audité. Deux mentions comptent : le champ d'application, qui délimite ce qui a été audité, et la déclaration d'applicabilité, qui liste les mesures de l'annexe A retenues et, surtout, celles qui ont été écartées avec justification, ces mesures étant précisément celles que détaille ISO 27002 et ses 93 contrôles. Un périmètre peut se limiter à une entité juridique, à un site, à une ligne de service. Rien n'interdit qu'il laisse dehors la plateforme que vous achetez. La question à poser n'est donc pas "êtes-vous certifiés ?" mais "quel est le champ d'application exact du certificat, et le service qui traite nos données y figure-t-il ?".

Deuxième détail : la date. Le certificat porte un cycle de certification ISO 27001 de trois ans, avec des audits de surveillance intermédiaires. Un certificat en cours de validité ne dit rien de ce qui s'est passé le mois dernier, et la révision 2022 de la norme a rebattu l'annexe A, aujourd'hui organisée en 93 mesures réparties en quatre thèmes. Un document qui référence encore l'ancienne structure signale un dossier qui n'a pas été rouvert depuis longtemps.

SOC 2 : type I ou type II, et le carve-out

Un rapport SOC 2 de type I évalue la conception des contrôles à une date donnée. Un rapport de type II évalue leur fonctionnement effectif sur une période, généralement de trois à douze mois. La différence est considérable, et pourtant les deux se présentent sous le même nom dans une réponse de questionnaire. À vérifier ensuite : les critères couverts, puisque seule la sécurité est obligatoire et que disponibilité, confidentialité, intégrité de traitement et vie privée sont optionnelles ; puis la liste des exceptions relevées par l'auditeur, qui figure dans le rapport et que personne ne lit.

Reste le traitement des sous-traitants. Un rapport SOC 2 peut traiter les sous-traitants selon la méthode dite carve-out, qui les exclut du périmètre audité. Le rapport reste valable et honnête, il indique simplement que les contrôles de ces tiers n'ont pas été examinés. Vous tenez donc une attestation sur un fournisseur, avec un trou à l'endroit de la sous-traitance en cascade, c'est-à-dire à l'endroit du scénario Okta.

Deux questions qui changent la conversation

Demandez le champ d'application du certificat ISO, pas le certificat. Et demandez si le rapport SOC 2 traite les sous-traitants en inclusive ou en carve-out. Ces deux questions signalent qu'on a lu le document, et elles font remonter en trente secondes des informations qu'un questionnaire de deux cents lignes n'obtiendra pas.

Ce qui se mesure de l'extérieur, sans rien demander

Une partie des réponses d'un questionnaire porte sur des faits publics. Pas publics au sens où quelqu'un les aurait publiés, publics au sens où un serveur les annonce à quiconque s'y connecte. Une version de TLS, une suite cryptographique, une date d'expiration de certificat, un en-tête de réponse, un nom de sous-domaine dans un journal de Certificate Transparency : ce sont des éléments que le fournisseur émet volontairement, en clair, vers tout Internet. Les observer ne demande aucune autorisation, et ne ressemble en rien à un test d'intrusion.

L'exercice n'a pas pour objet de prendre le fournisseur en défaut pour le plaisir. Une déclaration et une mesure qui se contredisent produisent une question précise, à laquelle on ne peut plus répondre par une case. "Vous déclarez chiffrer les flux, or ce point d'entrée accepte encore TLS 1.0 et sert un certificat expiré depuis onze jours : est-il dans le périmètre de votre politique ?" appelle soit une correction, soit l'aveu que l'actif avait été oublié. Les deux réponses valent plus que le questionnaire entier.

confrontation
Fournisseur
Le questionnaire revient rempli
Cent quatre-vingts lignes, une pièce jointe, zéro contradiction interne.
Depuis Internet
Mesure passive de la surface exposée
Sous-domaines, certificats, versions TLS, en-têtes, technologies, scripts tiers.
Écart
Les déclarations que la mesure contredit
Un actif absent de l'inventaire fourni, une version obsolète, un tiers non déclaré.
Décision
Une réponse qui engage
Correction datée, exclusion documentée, ou renoncement. Plus une case à cocher.
Le questionnaire n'est pas remplacé, il est confronté. Une contradiction entre les deux colonnes produit la seule question à laquelle on ne peut pas répondre par oui.

Ce que la mesure externe voit dépend directement de la qualité de l'inventaire qu'on sait construire, sujet à part entière traité dans la découverte d'actifs exposés, et qui constitue le socle de la gestion de la surface d'attaque externe. Sur le volet code tiers, elle recoupe ce qu'un SBOM documente de l'intérieur, avec une différence de nature : le SBOMinventorie ce que le fournisseur déclare compiler, la mesure externe constate ce qu'il sert réellement.

La frontière à ne pas franchir

Observer ce qu'un serveur annonce publiquement est une chose. Envoyer des charges utiles, tester une authentification, énumérer des comptes ou toucher à une API en écriture en est une autre : cela relève du test d'intrusion et exige un mandat écrit du fournisseur, pas seulement l'accord de votre acheteur. L'évaluation d'un tiers reste passive tant qu'on n'a pas ce mandat. C'est aussi ce qui la rend faisable sans négociation préalable.

La mesure : ce que 704 organisations répondent sans qu'on leur demande

Pour savoir ce que cette lecture passive donne en vrai, je l'ai appliquée le 6 octobre 2026 à 704 organisations qui sont, chacune, le fournisseur ou le client de quelqu'un : les 119 sociétés du SBF 120 retenues, 65 universités, 488 communes de plus de 20 000 habitants et 32 CHU et CHR. Une requête vers la page d'accueil du site officiel, quelques requêtes DNS à la racine du domaine, rien d'autre. Cinq réponses de questionnaire en sortent sans que personne ait eu à les rédiger.

704 organisations
PanelBibliothèque JS vulnérableVersion annoncée dans les en-têtesScripts tiers avec SRIExpéditeurs tiers dans le SPF (médiane)Éditeurs ayant un jeton dans le DNS (médiane)
SBF 1207,3 % (7/96)7,0 % (7/100)5,8 % (14/242)28
Universités19,6 % (11/56)37,5 % (21/56)6,5 % (3/46)13
Communes > 20 000 hab.15,4 % (70/454)17,3 % (81/469)2,4 % (21/869)21
CHU et CHR13,3 % (4/30)33,3 % (10/30)5,0 % (1/20)13
Mesure own2pwn passive : page d'accueil du site officiel collectée le 6 octobre 2026 (18 h 22 à 18 h 26 UTC, une requête par organisation) et enregistrements DNS publics de l'apex lus le même jour (18 h 19 à 18 h 22 UTC, résolveurs 1.1.1.1 et 9.9.9.9), analyse hors ligne du 7 octobre 2026. Dénominateurs : pages à contenu exploitable (bibliothèques), pages obtenues (en-têtes), balises de script tiers (SRI), organisations à SPF unique (SPF), organisations du panel (SaaS).

Chaque colonne répond à une question qu'on trouve dans presque tous les questionnaires. "Vos composants web sont-ils maintenus à jour ?" : la page d'accueil charge une bibliothèque JavaScript dans une version à vulnérabilité connue selon la base retire.js, lue dans l'URL ou le code du script (sans vérification d'exploitabilité), sur 7,3 % des pages du SBF 120 et 19,6 % des pages d'universités. "Réduisez-vous les informations techniques exposées ?" : une version de serveur ou de langage s'affiche dans les en-têtes HTTP de 37,5 % des pages d'universités. "Maîtrisez-vous le code tiers chargé par vos applications ?" : sur 1 177 balises de script chargées depuis un domaine tiers, tous panels confondus, 39 portent un attribut d'intégrité (3,3 %).

Les deux dernières colonnes parlent de vos sous-traitants de rang deux, ceux que le questionnaire demande de déclarer et qu'on oublie le plus. Un enregistrement SPF liste les services autorisés à envoyer des mails au nom du domaine ; les jetons de vérification du DNS listent les services SaaS auxquels le domaine a été rattaché, 8 en médiane au SBF 120. Si votre fournisseur déclare deux prestataires de messagerie et que son SPF en autorise six, vous avez votre question de relance.

SPF
Nombre de services tiers autorisés à envoyer des mails au nom de l'organisation (SPF)
Valeurs en organisations sur 664
Nombre de services tiers autorisés à envoyer des mails au nom de l'organisation (SPF)Aucun611 ou 23113 ou 42075 à 7828 ou plus3
Nombre de services tiers autorisés à envoyer des mails au nom de l'organisation (SPF)
CatégorieValeur (organisations sur 664)
Aucun61
1 ou 2311
3 ou 4207
5 à 782
8 ou plus3
Mesure own2pwn : inclusions et redirection de premier niveau de l'enregistrement SPF de l'apex, regroupées par service, lu le 6 octobre 2026 (résolveurs 1.1.1.1 et 9.9.9.9). 664 organisations dont le SPF est unique, sur 704 : SBF 120, universités, communes de plus de 20 000 habitants, CHU et CHR.

Ces chiffres ne notent personne, et ce n'est pas leur rôle. Une page d'accueil n'est pas tout le périmètre d'un fournisseur, une version annoncée ancienne peut avoir été corrigée par la distribution sans changer de numéro, et seul le HTML statique est lu, ce qui fait des scripts tiers un minorant. Ce qu'ils montrent, c'est que la contrepartie observable existe pour une bonne part du questionnaire, qu'elle varie fortement d'un type d'organisation à l'autre, et qu'elle tient en quelques requêtes.

Cadre de la mesure

Une requête HTTP vers une page publique et des requêtes DNS à la racine du domaine, avec un User-Agent de robot déclaré. Aucun scan de ports, aucun sous-domaine résolu, aucun fichier JavaScript téléchargé. Aucune organisation n'est nommée, seuls figurent des agrégats par panel.

Les questions qui discriminent, et leur contrepartie observable

Une bonne question de questionnaire a une propriété simple : elle ne peut pas recevoir la même réponse d'un fournisseur sérieux et d'un fournisseur approximatif. "Chiffrez-vous les données ?" échoue à ce test, tout le monde répond oui. Une question qui demande un chiffre, une liste ou une date, elle, oblige à aller chercher l'information, et l'absence de réponse est déjà une réponse.

La question qui discrimineCe qui se constate de l'extérieur
Donnez la liste des domaines et sous-domaines exposés sur Internet qui servent ce produit, arrêtée à ce mois-ci.Les journaux de Certificate Transparency et l'énumération passive répondent à sa place. Une liste plus courte que la mesure signale un inventaire qui n'existe pas.
Quelles versions de TLS acceptez-vous encore, sur l'ensemble de vos points d'entrée, y compris ceux qui ne servent pas le produit ?Un handshake suffit. TLS 1.0 ou 1.1 encore acceptés, suites obsolètes, certificat expiré ou auto-signé sur un actif oublié.
Quel est votre délai médian constaté de déploiement d'un correctif critique en production, sur les douze derniers mois ?Les versions annoncées par les bannières et les empreintes des composants front donnent l'ordre de grandeur réel. Un CMS deux branches en retard répond mieux que le chiffre annoncé.
Listez les sous-traitants qui accèdent à nos données, leur pays d'établissement et la date de leur dernière évaluation.Les enregistrements DNS, la chaîne de certification, les en-têtes et les scripts tiers chargés sur le portail client révèlent une partie des tiers réellement branchés.
Combien de comptes disposent d'un rôle d'administration sur la plateforme, et lesquels ne sont pas couverts par le MFA ?Les consoles d'administration exposées sans restriction se trouvent en énumérant les sous-domaines. Cela ne prouve pas l'absence de MFA, mais place le débat au bon endroit.
Avez-vous déjà notifié un incident de sécurité à un client, et sous quel délai à compter de la détection ?Les identifiants du personnel présents dans des compilations de fuites publiques et les mentions du fournisseur sur les sites de publication de rançongiciels donnent un contexte que la réponse n'évoquera pas.
À la fin du contrat : format d'export, délai de mise à disposition, preuve de suppression, sort des sauvegardes et durée de conservation résiduelle.Rien. Aucune contrepartie externe, d'où la nécessité de faire vivre cette question dans le contrat, avec un délai chiffré, plutôt que dans un questionnaire.

Cette dernière ligne montre la limite de l'exercice. La mesure externe ne voit que la surface exposée. Elle ne dira jamais si les sauvegardes sont restaurées régulièrement, si les habilitations sont revues, si le plan de continuité a été joué, si le développeur parti en mars a encore une clé SSH valide. Ces éléments-là ne se vérifient que par un audit sur place ou par des clauses contractuelles avec droit d'audit, et il faut assumer qu'on les prend sur parole le reste du temps.

TPRM : la gestion du risque tiers, au-delà du questionnaire

Le questionnaire n'est qu'une étape d'un ensemble plus large, la gestion des risques liés aux tiers, ou TPRM (third party risk management) : identifier ses fournisseurs, les classer par criticité, contractualiser, évaluer, puis surveiller dans la durée et organiser la sortie. Un programme qui se réduit à envoyer un formulaire une fois par an n'en couvre qu'un maillon. Trois réflexes le rendent tenable.

Le premier est de trier. Traiter tous les fournisseurs avec le même questionnaire de deux cents lignes est la meilleure façon de n'en évaluer aucun sérieusement. Le prestataire qui héberge la base clients et celui qui livre les corbeilles de fruits n'appellent pas le même effort. Le critère de tri n'est pas le montant du contrat mais l'accès : quelles données, quel niveau de privilège, quelle capacité à interrompre l'activité. Trois niveaux suffisent, et le niveau haut doit rester assez court pour être réévalué pour de vrai.

Le second est de désynchroniser les rythmes. Le questionnaire annuel garde du sens pour l'organisation, les contrats et les certifications, qui bougent lentement. La surface exposée, elle, change en jours : un sous-domaine part en production le mardi, un certificat expire le jeudi, un nouveau script tiers arrive sur le portail client le vendredi. Faire porter les deux par le même cycle annuel, c'est accepter d'être aveugle onze mois sur douze sur la partie qui bouge. La partie mesurable se surveille en continu, et la réévaluation complète se déclenche sur événement : incident public, rachat, changement d'hébergeur, apparition d'un sous-traitant non déclaré.

Le troisième est d'écrire ce qui se passe en cas d'écart. Un programme de gestion des risques liés aux tiers qui n'a jamais conduit à refuser un fournisseur, à imposer un délai de correction ou à activer une clause se réduit à une collection de fichiers. La question à se poser avant d'envoyer le premier questionnaire est simple : qu'est-ce qu'on fait si la réponse est mauvaise ? Si personne ne sait, le questionnaire ne sert qu'à documenter qu'on avait demandé.

Une compromission qui arrive par un tiers reste une attaque de la chaîne d'approvisionnement, qu'elle emprunte une dépendance logicielle ou un prestataire de support. Le questionnaire s'occupe du second cas et ignore complètement le premier : aucun formulaire ne vous dira quel paquet npm compromis s'exécute dans le navigateur de vos utilisateurs via le widget d'un fournisseur.

À retenir

L'essentiel sur le questionnaire sécurité fournisseur

  • Un questionnaire sécurité fournisseur est une auto-évaluation remplie par la partie qui a intérêt à bien répondre. Il produit un engagement contractuel, jamais une vérification.
  • Sept domaines reviennent toujours : organisation, hébergement, chiffrement, gestion des accès, sous-traitance en cascade, notification d'incident, réversibilité. Le cinquième est le plus critique et le plus mal traité.
  • NIS2 impose la sécurité de la chaîne d'approvisionnement à l'article 21.2 (d) et fait porter la responsabilité par l'entité assujettie, pas par son fournisseur. DORA va plus loin encore pour le secteur financier.
  • Une certification se lit : champ d'application et déclaration d'applicabilité pour ISO 27001, type I contre type II et traitement carve-out des sous-traitants pour SOC 2. Le certificat seul ne dit pas grand-chose.
  • La mesure externe vérifie objectivement une partie des déclarations, en passif et sans autorisation, parce que TLS, certificats, sous-domaines et scripts tiers sont annoncés publiquement. Elle ne voit pas l'interne.
  • Mesuré le 6 octobre 2026 sur 704 organisations : une page d'accueil et le DNS suffisent à répondre en partie aux questions sur les composants à jour, l'exposition des versions, le code tiers et les sous-traitants de messagerie. Seules 39 balises de script tiers sur 1 177 portaient un attribut d'intégrité.
  • Un dispositif tenable trie les fournisseurs par accès aux données, surveille en continu ce qui bouge en jours, et prévoit à l'avance ce qu'on fait quand la réponse est mauvaise.

Le questionnaire restera, il est utile et souvent obligatoire. Ce qui manque, à côté, c'est la seule contrepartie qu'un fournisseur ne peut pas rédiger lui-même : ce que ses serveurs racontent à Internet. C'est ce que fait le module sécurité de la chaîne d'approvisionnement de la plateforme EASM d'own2pwn : inventaire de la surface exposée, provenance des dépendances tierces chargées sur les pages, notation du risque et alerte au changement. Pour cadrer un périmètre ou discuter d'un cas précis, la page contact mène directement à un pentester.

Questions fréquentes sur le questionnaire sécurité fournisseur

Qu'est-ce qu'un questionnaire de sécurité fournisseur ?

C'est un formulaire envoyé à un prestataire avant ou pendant un contrat, dans lequel il décrit lui-même ses pratiques de sécurité : organisation, hébergement, chiffrement, gestion des accès, sous-traitants, notification d'incident, conditions de sortie. Il sert à documenter le risque et à fixer des engagements contractuels. Sa faiblesse structurelle est qu'il repose sur une auto-déclaration : le fournisseur choisit ce qu'il répond, et l'acheteur n'a en général aucun moyen de vérifier.

Que veut dire TPRM (third party risk management) ?

Le TPRM, ou gestion des risques liés aux tiers, désigne le processus par lequel une organisation identifie, évalue, contractualise et surveille les risques que lui font porter ses fournisseurs, prestataires et sous-traitants. Le questionnaire de sécurité n'en est qu'une étape, celle de l'évaluation initiale. Un programme TPRM complet couvre aussi la classification des tiers par criticité, les clauses contractuelles, la réévaluation périodique et la sortie de contrat.

Un fournisseur certifié ISO 27001 est-il sûr ?

Pas mécaniquement. Un certificat ISO/IEC 27001 atteste qu'un système de management de la sécurité de l'information a été audité sur un périmètre déclaré, à une date donnée, avec une déclaration d'applicabilité qui liste les mesures retenues et celles écartées. Le périmètre peut ne couvrir qu'une entité juridique, un site ou une ligne de service, et pas nécessairement le produit que vous achetez. Il faut donc lire le champ d'application du certificat et sa date de validité, pas seulement constater qu'il existe.

NIS2 oblige-t-elle à évaluer ses fournisseurs ?

Oui. L'article 21.2 (d) de la directive (UE) 2022/2555 range la sécurité de la chaîne d'approvisionnement parmi les mesures minimales de gestion des risques, y compris les aspects de sécurité des relations entre l'entité et ses fournisseurs ou prestataires de services directs. L'article 21.3 précise que l'entité doit tenir compte des vulnérabilités propres à chaque fournisseur direct et de la qualité globale de ses produits et pratiques de cybersécurité. La responsabilité reste chez l'entité assujettie : externaliser un service n'externalise pas l'obligation.

Comment vérifier les réponses d'un questionnaire de sécurité ?

Une partie des réponses porte sur des éléments publiquement observables : versions de TLS acceptées, certificats et leurs dates, en-têtes de sécurité, sous-domaines exposés, technologies et versions annoncées, scripts tiers chargés sur le portail client, identifiants du personnel présents dans des fuites publiques. Ces éléments se mesurent depuis Internet, en passif, sans autorisation particulière, parce que le serveur les annonce à quiconque s'y connecte. Une déclaration contredite par la mesure devient une question de relance précise plutôt qu'une case cochée.

Que révèle la surface publique d'une organisation sans rien lui demander ?

Mesure passive du 6 octobre 2026 sur 704 organisations (SBF 120, universités, communes de plus de 20 000 habitants, CHU et CHR), une page d'accueil et quelques requêtes DNS chacune. Une bibliothèque JavaScript en version à vulnérabilité connue apparaît sur 7,3 % des pages du SBF 120 et 19,6 % des pages d'universités ; une version de serveur ou de langage est annoncée dans les en-têtes de 37,5 % des pages d'universités ; seules 39 des 1 177 balises de script tiers relevées portent un attribut d'intégrité. Le DNS liste en plus les services autorisés à envoyer des mails au nom du domaine (2 en médiane, 85 organisations sur 664 en autorisent 5 ou plus) et les services SaaS rattachés au domaine (8 en médiane au SBF 120).

À quelle fréquence faut-il réévaluer un fournisseur ?

La réévaluation annuelle est l'usage, mais elle est mal calibrée : une surface exposée change en jours, pas en années. Le compromis raisonnable consiste à garder un questionnaire annuel pour les éléments organisationnels et contractuels, et à surveiller en continu ce qui est mesurable de l'extérieur, avec une réévaluation déclenchée par un événement : incident public chez le fournisseur, changement de sous-traitant, rachat, changement d'hébergement ou apparition d'un nouveau service exposé.

Veille sécurité

La suite, une fois par mois

Ce qui bouge vraiment sur la surface d'attaque externe, NIS2 et la sécurité applicative, écrit par le pentester qui signe ces articles. Un envoi par mois, désinscription en un clic.

Votre adresse ne sert qu'à cet envoi. Voir la politique de confidentialité.