
Règlement DORA : au moins 937 entités françaises concernées, ce qu'il exige, comment
s'y préparer
Le règlement DORA s'applique depuis janvier 2025. Nous avons compté les entités françaises au registre REGAFI de l'ACPR : au moins 937, dont beaucoup que NIS2 ne vise pas. Piliers, lien avec NIS2, préparation.
Maxime J13 min de lectureMis à jour le
DORA demande des preuves, pas des déclarations
Le volet test de résilience et surface d'attaque de votre conformité, cadré et documenté.
Cadrer le volet techniquePour le secteur financier, l'échéance DORA est déjà derrière. Le règlement s'applique dans toute l'Union européenne depuis le 17 janvier 2025, directement, sans transposition ni loi française à attendre. Beaucoup d'entités le découvrent pourtant avec un tableau de conformité où la ligne "DORA" affiche encore "à cadrer", alors que la date d'application, elle, est passée depuis des mois.
DORA (Digital Operational Resilience Act, règlement UE 2022/2554) impose au secteur financier européen un cadre unique de résilience opérationnelle numérique. Reste à savoir qui est concerné, ce que le texte exige vraiment, comment il s'articule avec la directive NIS2, et par où commencer quand on réalise qu'on est déjà dans le champ.
Le règlement DORA en clair : un texte directement applicable
La première chose à comprendre tient à sa nature juridique. DORA est un règlement, pas une directive : un règlement s'applique tel quel dans tous les États membres, là où une directive doit d'abord passer par une loi de transposition dans chaque pays. Le texte a été adopté fin 2022 et il est entré en vigueur début 2023 ; il s'applique dans toute l'Union depuis le 17 janvier 2025. Autrement dit, il n'y a plus de délai de grâce à espérer : les obligations sont exigibles maintenant.
Là où la réglementation prudentielle classique demande "avez-vous assez de fonds propres pour absorber un choc financier ?", DORA demande "votre système d'information tient-il debout quand il est attaqué ou qu'il tombe ?". La cybersécurité cesse d'être une bonne pratique optionnelle pour devenir une obligation prudentielle à part entière, contrôlée par les mêmes autorités qui surveillent votre solvabilité. En France, selon votre statut, cela veut dire l'ACPR, l'AMF ou la BCE.
DORA, qui est concerné ?
La question "DORA, qui est concerné ?" a une réponse plus large qu'on ne le croit. L'article 2 du règlement énumère une vingtaine de catégories d'entités financières, et la logique de cette liste est l'exhaustivité : si vous êtes agréé ou enregistré auprès d'un superviseur financier, vous êtes très probablement dedans. On y trouve notamment :
- Les établissements de crédit et de paiement, les établissements de monnaie électronique : banques traditionnelles comme néobanques et fintechs agréées.
- Les entreprises d'assurance et de réassurance ainsi que les intermédiaires d'assurance, au-delà d'un certain seuil de taille.
- Les sociétés de gestion et entreprises d'investissement, fonds, dépositaires et infrastructures de marché qui font tourner la place.
- Les prestataires de services sur crypto-actifs, agréés au titre du règlement MiCA, explicitement rattrapés par DORA.
Le texte n'est pas aveugle à la taille. Les micro-entreprises et certaines petites entités bénéficient d'un régime simplifié, et quelques acteurs très modestes sortent du champ. Mais le critère d'entrée reste le statut réglementaire, pas l'effectif : une fintech de trente personnes agréée établissement de paiement est concernée au même titre qu'une grande banque, seule l'intensité des obligations varie.
Combien d'entités françaises sous DORA : au moins 937 au registre de l'ACPR
Personne ne publie le nombre d'entités françaises soumises à DORA. Nous l'avons compté le 7 octobre 2026 dans REGAFI, le registre des agents financiers tenu par l'ACPR, en ne retenant que les agréments et enregistrements actifs d'entités de droit français. Le résultat est un plancher : 937 entités, soit 485 banques, établissements de paiement ou de monnaie électronique, entreprises d'investissement et prestataires d'information sur les comptes, et 452 organismes d'assurance soumis à Solvabilité II.
| Catégorie | Valeur (entités) | Précision |
|---|---|---|
| Organismes d'assurance | 452 | soumis à Solvabilité II |
| Établissements de crédit | 273 | |
| Entreprises d'investissement | 98 | |
| Établissements de paiement | 81 | |
| Établissements de monnaie électronique | 25 | dont 1 agrément simplifié |
| Prestataires d'information sur les comptes | 10 |
Le chiffre de 937 est un minimum, et il faut le lire comme tel. REGAFI ne recense ni les sociétés de gestion de portefeuille, agréées par l'AMF, ni les institutions de retraite professionnelle, ni les intermédiaires d'assurance, ni les prestataires sur crypto-actifs, qui figurent tous dans la liste de l'article 2. Côté assurance, les 452 organismes se répartissent entre 266 relevant du code des assurances, 155 mutuelles et 31 institutions du code de la sécurité sociale. Les 130 sociétés de financement agréées, statut national, sont laissées à part.
- entités françaises agréées relevant de DORAbanque, paiement, investissement et assurance Solvabilité II, minimum
- 937
- des 485 entités de banque, paiement et investissement ne sont d'aucun type visé par NIS2paiement, monnaie électronique, investissement, information sur les comptes
- 212
- de ces 485 ont moins de 50 salariés hors groupe ETI ou grande entreprise138 entités, effectif SIRENE 2024
- 28,5 %
Ce que ces chiffres montrent, c'est que DORA et NIS2 ne découpent pas le même territoire. Dans la finance, la directive NIS2 ne vise que les établissements de crédit et les infrastructures des marchés financiers. Sur les 485 entités de banque, de paiement et d'investissement, seuls les 273 établissements de crédit sont d'un type visé par NIS2 ; les 212 autres ne le sont pas, quelle que soit leur taille, et DORA est leur seul cadre de résilience numérique. Et là où NIS2 pose un seuil de taille, DORA n'en pose pas pour ces entités agréées : 138 des 485 (28,5 %) ont moins de 50 salariés sans appartenir à une ETI ou à une grande entreprise, et sont pourtant dans le champ, avec un cadre allégé pour les plus petites. Même parmi les établissements de crédit, 30 restent sous les seuils de NIS2 une fois la taille du groupe prise en compte.
Le registre corrige aussi une erreur de comptage facile. Une recherche par code d'activité dans SIRENE retient 1 463 unités légales bancaires dans notre estimation NIS2, quand REGAFI ne compte que 273 établissements de crédit agréés : l'écart vient des caisses locales des banques mutualistes, qui ont chacune leur numéro SIREN sans être agréées individuellement. Toute estimation du secteur bancaire qui part du code NAF est gonflée par ce biais, et c'est pourquoi notre estimation du nombre d'entités NIS2 en France compte la banque sur REGAFI.
La mesure, son cadre et ses limites
Les prestataires tiers de services TIC : l'angle mort
Il y a une population qui ne se sait presque jamais concernée : les prestataires tiers de services TIC. Hébergeurs, éditeurs SaaS, infogéreurs, fournisseurs de briques logicielles. Vous n'êtes ni une banque ni un assureur, vous vendez de la technologie à qui en veut, et pourtant DORA vous rattrape par deux chemins bien distincts.
Le premier chemin touche tout le monde. Les articles 28 à 30 imposent aux entités financières un socle de clauses dans chaque contrat de service TIC, durci quand le service soutient une fonction critique : droits d'audit et d'inspection, notification d'incident, stratégie de sortie, coopération aux tests de résilience. Concrètement, vos clients financiers vous envoient des avenants et des questionnaires, et votre posture de sécurité devient un critère de référencement. C'est le même effet ricochet que subissent les PME rattrapées par la directive NIS2 via leurs donneurs d'ordre. Le second chemin ne vise que les plus gros : les prestataires jugés critiques pour le secteur, comme les grands cloud, sont désignés par les autorités européennes et passent sous surveillance directe, avec des astreintes à la clé.
Les cinq piliers de DORA
DORA s'organise en cinq blocs d'obligations. Les quatre premiers sont contraignants, le cinquième relève de l'incitation. Il faut les lire comme un empilement, pas comme une liste : on ne teste bien que ce qu'on a d'abord cartographié et gouverné, et on ne partage utilement du renseignement que si on sait déjà détecter ses propres incidents.
Le troisième pilier est celui qui concerne le plus directement les équipes sécurité. L'article 24 impose un programme de tests de résilience documenté et cadencé au moins une fois par an sur tous les systèmes qui soutiennent des fonctions critiques, et l'article 25 en détaille la panoplie : analyses de vulnérabilités, évaluations de sécurité réseau, revues de code, et tests de pénétration. Le mot est écrit noir sur blanc dans le règlement. Au-dessus de ce socle annuel, les entités désignées doivent passer, tous les trois ans, un test d'intrusion TLPT, un exercice de red team calqué sur le cadre TIBER-EU que l'on détaille en entier dans notre guide dédié aux tests de pénétration guidés par la menace.
Le réflexe qui économise un audit raté
DORA et NIS2 : lequel s'applique ?
Les deux textes sont arrivés presque en même temps et semblent se marcher dessus. La règle de départage est nette : DORA est une lex specialis, un texte sectoriel qui prime sur NIS2 pour les entités financières qu'il couvre. Une banque, un assureur ou une fintech agréée suivent DORA pour leur gestion du risque TIC, leurs notifications d'incident et leurs tests, et non la directive NIS2. Sur le fond, les deux régimes convergent vers les mêmes exigences (inventaire des actifs, sécurité de la chaîne d'approvisionnement, preuve d'efficacité des mesures), mais pour un acteur financier, c'est DORA qui fait foi. La méthode décrite pour l'audit NIS2 par le test d'intrusion (tester, corriger, retester, documenter) se transpose telle quelle au volet technique de DORA.
Le cas ambigu, c'est le prestataire TIC. Lui peut cumuler : soumis à NIS2 en direct s'il coche les critères de secteur et de taille de la directive, et tenu par les clauses DORA que ses clients financiers lui imposent. Dans ce cas, la bonne nouvelle est que le travail de fond se recoupe largement, et qu'un même programme de sécurité sérieux nourrit les deux régimes.
Comment s'y préparer au règlement DORA
Entité financière de taille moyenne ou prestataire pris dans le ricochet contractuel, l'ordre de marche est le même, et il tient en trois verbes. Une précision d'honnêteté d'abord : nous ne sommes pas un cabinet de conformité et nous ne rédigerons pas votre politique de gouvernance à votre place. Notre terrain, c'est le volet technique du troisième pilier, celui où il faut prouver que ça tient.
Cartographier d'abord. Le programme de tests de l'article 24 et le registre d'informations de l'article 28 présupposent un inventaire exact de ce que vous exposez, sous-domaines oubliés et services hérités de vos prestataires compris. C'est le travail d'une plateforme de gestion de la surface d'attaque externe : découvrir en continu les actifs exposés, les rattacher aux fonctions, et détecter ce qui apparaît entre deux audits.
Tester ensuite, au rythme du texte. L'annualité de l'article 24 se prête mal au pentest "grand soir" tous les trois ans. La bonne mécanique combine un test d'intrusion web régulier sur le périmètre exposé, une revue en profondeur des applications qui portent vos fonctions critiques, et une gestion des vulnérabilités continue entre deux campagnes pour traiter le flot de failles au fil de l'eau plutôt qu'en rafale la veille de l'audit. Les entités désignées passent en plus un exercice à part, le TLPT fondé sur la menace, tous les trois ans ; pour elles, ce socle est aussi le meilleur entraînement, car une red team fondée sur la menace trouvera en quelques mois ce qu'un programme de tests sérieux aurait éliminé en un an.
Prouver enfin. DORA est un régime de supervision : ce qui compte n'est pas d'avoir testé, mais de pouvoir montrer le rapport, le plan de remédiation qui assigne chaque correction, le retest qui confirme la fermeture, et la trace de tout cela dans la gouvernance. Chaque campagne doit sortir avec son dossier de preuve daté, celui qu'attendent le superviseur, l'auditeur et vos clients financiers.
À retenir
- DORA est un règlement, applicable depuis le 17 janvier 2025 : effet direct dans toute l'UE, sans transposition ni délai de grâce.
- Le champ est large : une vingtaine de catégories d'entités financières, des banques aux prestataires de crypto-actifs, plus les prestataires tiers de services TIC rattrapés par contrat ou par désignation.
- Cinq piliers : gestion du risque TIC, notification des incidents, tests de résilience (dont le TLPT), risque prestataires, et partage d'informations.
- Le pentest devient une obligation écrite via le programme de tests annuel de l'article 24, avec un TLPT tous les trois ans pour les entités désignées.
- DORA prime sur NIS2 pour les entités financières (lex specialis) ; un prestataire TIC peut, lui, cumuler les deux régimes.
- L'ordre de marche : cartographier, tester, prouver. Un inventaire faux rend le programme de tests non conforme par construction.
Si votre conformité DORA tient aujourd'hui sur une bonne intention et une ligne de budget, le plus court chemin commence par la visibilité, puis par un test qui produit de la preuve. C'est le volet sur lequel on intervient : cadrer le périmètre exposé, dérouler le test de résilience, et vous remettre le dossier que l'article 24 attend. Entité financière ou prestataire TIC pris dans le ricochet contractuel, écrivez-nous via la page contact pour cadrer ce périmètre.
Questions fréquentes sur le règlement DORA
Qu'est-ce que le règlement DORA ?
DORA, pour Digital Operational Resilience Act, est le règlement (UE) 2022/2554 qui vise la résilience opérationnelle numérique du secteur financier européen. Là où la réglementation prudentielle demandait aux acteurs financiers d'avoir assez de capital, DORA leur demande de tenir debout quand leur système d'information est attaqué, et de le prouver en se testant. Il s'organise en cinq piliers : gestion du risque informatique, notification des incidents, tests de résilience, gestion du risque lié aux prestataires, et partage d'informations sur la menace.
Qui est concerné par le règlement DORA ?
L'article 2 liste une vingtaine de catégories d'entités financières : établissements de crédit, de paiement et de monnaie électronique, entreprises d'investissement, prestataires sur crypto-actifs, sociétés de gestion, assureurs, infrastructures de marché, entre autres. Le critère est le statut réglementaire, pas l'effectif : une fintech de trente personnes agréée peut être concernée. S'y ajoutent les prestataires tiers de services informatiques de ces entités, rattrapés par les clauses contractuelles imposées à leurs clients financiers.
Combien d'entités françaises sont soumises à DORA ?
Au moins 937, d'après notre décompte du 7 octobre 2026 sur le registre REGAFI de l'ACPR : 485 entités distinctes agréées ou enregistrées comme établissement de crédit, de paiement ou de monnaie électronique, entreprise d'investissement ou prestataire d'information sur les comptes, et 452 organismes d'assurance de siège français soumis à Solvabilité II. C'est un minimum, car REGAFI ne couvre ni les sociétés de gestion de portefeuille agréées par l'AMF, ni les institutions de retraite professionnelle, ni les intermédiaires, ni les prestataires sur crypto-actifs.
Une entité soumise à DORA est-elle aussi concernée par NIS2 ?
Pas toujours, et c'est souvent mal compris. NIS2 ne vise, dans la finance, que les établissements de crédit et les infrastructures des marchés financiers. Sur les 485 entités françaises de banque, de paiement et d'investissement que nous avons comptées dans REGAFI, 212 ne sont d'aucun type visé par NIS2, quelle que soit leur taille. Et quand une entité relève des deux textes, DORA s'applique en priorité au titre de la lex specialis. Il y a une autre différence : DORA ne pose pas de seuil de taille à ces entités agréées, alors que NIS2 en pose un. 138 des 485, soit 28,5 %, ont moins de 50 salariés sans appartenir à une ETI ou une grande entreprise.
Depuis quand le règlement DORA s'applique-t-il ?
DORA est un règlement, pas une directive : il produit un effet direct dans toute l'Union, sans loi nationale de transposition à attendre. Adopté le 14 décembre 2022 et entré en vigueur en janvier 2023, il s'applique à l'ensemble du secteur financier depuis le 17 janvier 2025. Le cadre des tests fondés sur la menace est devenu opérationnel à l'été 2025 avec la publication de ses normes techniques, le règlement délégué 2025/1190.
Quelle différence entre DORA et NIS2 ?
DORA est une lex specialis : un texte sectoriel qui prime sur la directive NIS2 pour les entités financières qu'il couvre. Une banque, un assureur ou une fintech agréée suivent DORA, pas NIS2, pour leur gestion du risque informatique, leurs notifications d'incident et leurs tests. Un prestataire informatique peut, lui, cumuler les deux régimes : soumis à NIS2 en direct s'il coche les critères de la directive, et tenu par les clauses DORA de ses clients financiers.
Le pentest est-il obligatoire avec DORA ?
Oui, comme composante d'un programme de tests. L'article 24 impose à chaque entité financière, hors micro-entreprises, de tester au moins une fois par an tous les systèmes soutenant des fonctions critiques ou importantes. L'article 25 liste la panoplie attendue, où figure explicitement le test de pénétration. S'ajoute, pour les seules entités désignées par leur autorité, un TLPT tous les trois ans, exercice de red team bien plus lourd calqué sur le cadre TIBER-EU.
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