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Zero trust : ce que ça veut dire concrètement, et par où commencer sans tout refaire

Zero trust : ce que ça veut dire concrètement, et par où commencer sans tout refaire

Zero trust : pas un produit, une façon de décider qui accède à quoi. Principes NIST SP 800-207, ZTNA contre VPN, éditeurs, et une feuille de route en six étapes.

own2pwn14 min de lecture

Votre zero trust tient-il vu de dehors ?

Vu d'Internet, un zero trust abouti ne laisse presque rien qui réponde. L'EASM own2pwn dit ce qui répond encore : interfaces d'admin, vieux VPN, hôtes oubliés.

Mesurer ma surface externe

Trois devis sur le bureau, trois logos différents, et le même mot en titre sur chacun : "Zero Trust". Le premier vend un agent à poser sur les postes, le deuxième un proxy devant les applications, le troisième une licence annuaire avec des règles conditionnelles. Le RSSI qui les compare finit par se poser la question qu'il aurait dû se poser avant d'ouvrir les enveloppes : lequel des trois est le zero trust ? Aucun. L'idée reçue tenace, entretenue par ceux qui ont un produit à vendre, est que le zero trust s'achète. Il se décide. C'est une façon d'organiser qui accède à quoi, à partir de quel poste, pendant combien de temps, et surtout avec quelle preuve. Les produits n'en couvrent chacun qu'une brique.

L'ANSSI l'a écrit dès 2021 dans son avis scientifique et technique sur le modèle Zero Trust : c'est "un concept d'architecture dédié au renforcement de la sécurité d'accès aux ressources et aux services et non pas une technologie en soi, a fortiori ce n'est pas une solution logicielle tout-en-un commerciale". La phrase a cinq ans et les plaquettes commerciales ne l'ont toujours pas lue. Ce qu'elle ne règle pas, en revanche, c'est la situation du RSSI aux trois devis : un SI de quinze ans qu'on ne peut pas jeter, des utilisateurs qui travaillent de chez eux depuis 2020, et une architecture à construire par morceaux.

D'où vient le zero trust, et qui l'a formalisé

Le concept est plus vieux que le mot. La NIST SP 800-207 fait remonter la généalogie aux travaux du Jericho Forum en 2004 sur la "dé-périmétrisation". Le terme lui-même a été forgé par John Kindervag, alors analyste chez Forrester, que le cabinet date de 2009. Google a ensuite montré que ça tournait à l'échelle avec BeyondCorp, décrit en 2014 dans la revue ;login: : les applications internes passent derrière un proxy qui vérifie l'utilisateur et son poste, et l'intranet privilégié disparaît.

Le texte de référence arrive en août 2020. La SP 800-207, signée Scott Rose et Oliver Borchert (NIST), Stu Mitchell et Sean Connelly (DHS), donne la définition que tout le monde recopie depuis : "une collection de concepts et d'idées conçus pour réduire l'incertitude dans l'application de décisions d'accès précises, au moindre privilège et par requête, face à un réseau considéré comme compromis". La dernière clause fait tout le travail, puisqu'elle pose comme point de départ ce que la plupart des architectures posent comme scénario du pire.

chronologie
AnnéeTexteCe qu'il apporte
2009Forrester, John KindervagLe terme zero trust et le principe "never trust, always verify".
2014Google, BeyondCorpPreuve à l'échelle : applications internes derrière un proxy d'accès, sans intranet privilégié.
Août 2020NIST SP 800-207Définition, sept principes, composants PE / PA / PEP, feuille de route de migration.
Avril 2021ANSSI, avis scientifique et techniqueMise en garde : transformation progressive, faux sentiment de sécurité, postes d'admin exclus.
Avril 2023CISA, Zero Trust Maturity Model v2Cinq piliers (identité, terminaux, réseaux, applications, données) et quatre stades de maturité.
Juin 2025ANSSI-PA-111, Modèle Zero Trust : les fondamentauxArchitecture fonctionnelle de contrôle d'accès, attributs de sécurité, recommandations de mise en oeuvre.
Les textes qui structurent le zero trust. Aucun n'est un produit, et les deux documents français sont ceux que lira un auditeur.

L'ANSSI a complété son avis de 2021 par un guide en juin 2025, ANSSI-PA-111, Modèle Zero Trust : les fondamentaux. Son glossaire contient la définition la plus utile du lot : le niveau de confiance implicite est celui qu'on accorde à un sujet hors de tout contexte, et "dans le modèle théorique du Zero Trust, le niveau de confiance implicite est considéré comme nul". Tout le reste découle de cette phrase.

Les principes du zero trust, sans le marketing

La SP 800-207 énonce sept principes. Microsoft les compresse en trois (vérifier explicitement, moindre privilège, supposer la compromission), ce qui se retient mieux mais perd des nuances. Cinq d'entre eux changent quelque chose dans un SI existant.

  • Le réseau ne vaut pas confiance. Principe 2 du NIST : une requête venue de l'intérieur du périmètre historique doit satisfaire les mêmes exigences qu'une requête venue de n'importe quel réseau tiers. Être sur le LAN ou dans le tunnel VPN ne donne aucun droit en soi.
  • Vérifier explicitement, à chaque session. L'accès est accordé par session et par ressource (principe 3). Avoir été authentifié pour une application ne vaut pas autorisation pour la suivante. L'ANSSI ajoute que les authentifications et autorisations doivent être réévaluées régulièrement, pas seulement à l'ouverture.
  • Moindre privilège, sur les droits et sur la visibilité. Le NIST précise que le principe s'applique aussi à ce que le sujet peut voir. Une application que vous n'avez pas le droit d'utiliser ne devrait même pas répondre à votre ping.
  • Une politique dynamique, nourrie par l'état du poste. Le principe 4 fait entrer dans la décision l'identité, mais aussi la version des logiciels installés, l'heure, la localisation et le comportement observé. Le principe 5 en tire la conséquence : aucun actif n'est digne de confiance par nature, et un poste non géré ou vulnérable peut se voir refuser toute connexion.
  • Supposer la compromission. C'est la clause "face à un réseau considéré comme compromis" de la définition. Si un attaquant est déjà dedans, la seule chose qui compte est ce qu'il peut atteindre depuis là où il est.

Les principes 6 et 7, moins cités parce qu'ils coûtent cher, attendent une gestion des identités et des actifs en place, avec MFA, et une collecte continue sur l'état des actifs et du trafic. L'inventaire et la journalisation font partie des sept principes.

L'architecture NIST : policy engine, policy administrator, PEP

La SP 800-207 décrit trois composants logiques, séparés pour qu'on puisse les auditer un par un. Le policy engine (PE) prend la décision finale d'accorder, refuser ou révoquer un accès, en combinant la politique de l'entreprise et des signaux externes (état du poste, renseignement sur la menace, journaux). Le policy administrator (PA) exécute cette décision : il ouvre ou coupe le chemin de communication, et génère le jeton ou l'identifiant de session. Le policy enforcement point (PEP) est le point de passage physique ou logique entre le sujet et la ressource. Le PE et le PA vivent dans le plan de contrôle, le PEP dans le plan de données, une séparation que l'ANSSI reprend dans PA-111.

architecture-nist
Un sujet demande une ressource au PEP. Le PEP transmet au policy administrator, qui interroge le policy engine. Le policy engine consulte l'annuaire d'identités, l'état du terminal et le renseignement sur la menace, puis rend une décision. Le policy administrator configure le PEP, qui ouvre ou refuse la session vers la ressource. Les journaux de la session remontent vers le policy engine.requêtedemandeévaluationattributsdécisionconfiguresessionjournauxPlan de donnéesSujetUtilisateur, processus automatiqueou équipement, avec son poste.Plan de donnéesPolicy enforcement pointProxy, agent ou passerelle.Applique la décision, n'en prendaucune.Plan de contrôlePolicy administratorOuvre ou coupe le chemin, émet lejeton de session.Plan de contrôlePolicy engineDécide à partir de la politique etdes signaux.SourcesIdentité, posture, menaceAnnuaire, état du terminal,vulnérabilités connues, journaux.Plan de donnéesRessourceApplication, donnée, API,imprimante.
Les trois composants logiques de la SP 800-207. Le PEP ne décide rien : il applique. C'est ce qui permet de le placer au plus près de la ressource sans y mettre la politique.

Ce découpage donne la grille de lecture des devis : un ZTNA est d'abord un PEP, un annuaire avec règles conditionnelles est d'abord un PE, un agent de posture est une source de signaux. Le NIST ajoute que la zone de confiance implicite, celle où tout le monde est réputé de confiance une fois passé le PEP, doit être aussi petite que possible. Un PEP unique en entrée de datacenter, avec tout le reste à plat derrière, reproduit le périmètre qu'on prétendait abandonner.

ZTNA contre VPN, identité, posture, micro-segmentation

Le ZTNA répond à une autre question que le VPN

Un VPN répond à la question "êtes-vous autorisé à rejoindre le réseau ?". Une fois le tunnel monté, vous êtes sur le réseau, avec tout ce que ses tables de routage laissent voir. Un ZTNA (zero trust network access) répond à une autre question : "êtes-vous autorisé à joindre cette application, depuis ce poste, maintenant ?". L'utilisateur n'est jamais sur le réseau, l'application n'a pas d'adresse joignable depuis Internet, et un connecteur sortant fait le pont.

ztna-vs-vpn
QuestionVPN d'accès distantZTNA
Ce qui est accordéUne présence sur le réseauUne session vers une application nommée
Ce qui est vérifiéUn identifiant, parfois un second facteurIdentité, second facteur, état du poste, contexte
Mouvement latéralPossible vers tout ce que le routage exposeLimité aux applications autorisées
Exposition sur InternetUn concentrateur VPN, cible de choixUn point d'entrée mutualisé, l'application reste invisible
Ce qui reste à l'attaquantLe réseau entier après un vol d'identifiantsL'application elle-même, avec ses failles
Ce que change le passage d'un VPN à un ZTNA, et ce qu'il ne change pas. La dernière ligne est celle qu'on oublie dans les comparatifs.

Le ZTNA réduit ce qu'un compte volé peut atteindre. Sur le code de l'application elle-même, son effet est nul. L'ANSSI recommande par ailleurs de laisser les postes d'administration hors du modèle zero trust, avec un tunnel IPsec non contournable vers un SI d'administration dédié. Le VPN change de rôle, il ne meurt pas.

L'identité devient le périmètre, donc l'annuaire devient critique

Quand la décision d'accès ne dépend plus de l'adresse IP mais de qui vous êtes, l'annuaire devient l'actif le plus sensible du SI. L'avis de 2021 est net : les référentiels d'identité "doivent être assainis avec une politique stricte de mise à jour lors des arrivées, départs et mobilités". Un compte de stagiaire parti depuis deux ans, toujours actif, reste une porte d'entrée, à ceci près qu'il ouvre maintenant des applications exposées sur Internet.

Sur l'authentification, le NIST fait de la MFA un composant attendu, et l'ANSSI conseille de privilégier des certificats issus d'une IGC de confiance ou des jetons FIDO. Les codes par SMS, qu'elle ne cite même pas, restent le facteur le plus facile à détourner. Les passkeys, dérivées des standards FIDO, sont présentées par la FIDO Alliance comme résistantes à l'hameçonnage par construction, la clé privée ne quittant jamais l'appareil. Ce qu'un attaquant contourne selon le facteur choisi est détaillé dans l'article sur l'authentification multifacteur.

La posture du terminal, ou pourquoi l'agent finit par revenir

Le principe 5 du NIST demande d'évaluer la posture de sécurité du poste à chaque demande d'accès, ce qui veut dire la version de l'OS, le chiffrement du disque, la présence de l'EDR et les correctifs appliqués. Il faut donc un agent, ou une intégration avec l'outil de gestion de flotte. Le BYOD s'y heurte : un poste personnel dont on ignore l'état est un actif non géré, que le NIST autorise à traiter différemment, jusqu'au refus de toute connexion. Le ReCyF va dans le même sens pour les entités essentielles : seules les ressources matérielles gérées par l'entité ou son prestataire se connectent au SI.

La micro-segmentation, la partie qu'on repousse

Segmenter, on sait faire depuis les VLAN. Micro-segmenter, c'est autre chose : l'ANSSI décrit des groupes de ressources "qui ont une signification métier", avec un filtrage des flux entre groupes "indépendant des adresses IP", via une couche d'abstraction comme des tags ou des VXLAN. Le serveur de paie ne parle qu'à sa base et à son annuaire, le poste du comptable n'atteint que le frontal de paie, quel que soit le sous-réseau. C'est le chantier le plus long, parce qu'il exige de connaître les flux légitimes avant de bloquer les autres.

Ce que les éditeurs vendent sous le mot zero trust

Quatre offres reviennent dans presque tous les appels d'offres, et elles ne ressemblent pas les unes aux autres. Les situer sur le schéma du NIST suffit à voir quelle part du problème chacune prend en charge.

Zscaler Private Access est un ZTNA au sens strict : il négocie des connexions individuelles entre un utilisateur autorisé et une application donnée, les utilisateurs ne sont jamais sur le réseau et les applications jamais exposées sur Internet. Sur le schéma, c'est un PEP distribué, avec une part de PE pour la segmentation utilisateur-vers-application. Cloudflare Access, dans la gamme Cloudflare One, joue le même rôle devant des applications web ou des réseaux raccordés par tunnel : des politiques en refus par défaut, alimentées par un fournisseur d'identité et des contrôles de posture. Tailscale est différent : un réseau maillé chiffré sur WireGuard, où chaque appareil est authentifié via un fournisseur d'identité (Entra ID, Google Workspace, GitHub, Okta) et où les droits sont écrits dans une politique d'accès. Un réseau privé à appartenance nominative, proche du modèle "enclave" du NIST, plutôt qu'un proxy applicatif. Microsoft Entra Conditional Access, enfin, est présenté par Microsoft comme son moteur de politique zero trust : des règles si-alors qui combinent utilisateur, localisation, état de l'appareil, application et risque de connexion pour exiger une MFA, un poste conforme, ou bloquer. Un PE quasi pur, qui s'appuie sur les PEP de Microsoft et des applications fédérées, et qui suppose une licence Entra ID P1, P2 si l'on veut les signaux de risque.

Lire un devis avec le schéma du NIST

Pour chaque produit : est-ce un PEP, un PE, une source de signaux ? Où vit la politique ? Qui la journalise ? Que devient l'accès si le service de l'éditeur tombe ? Un éditeur qui répond "tout" vend un périmètre, avec son logo dessus. L'avis de l'ANSSI de 2021 le dit à sa manière : l'approche "tout-en-un" ne dispense d'aucune réflexion propre sur le chiffrement des flux, les jetons, la journalisation et la sensibilisation.

Les échecs typiques d'un projet zero trust

Les projets échouent rarement sur le composant acheté. Ils échouent sur ce qu'il y a devant et derrière lui.

Le ZTNA devant une application truffée d'IDOR. Le proxy fait son travail : identité vérifiée, MFA passée, poste conforme, session nominative. Puis l'utilisateur légitime change /api/factures/4812 en /api/factures/4811 et lit la facture d'un autre client. Le PEP n'a rien à dire : la session est autorisée, et l'autorisation objet par objet n'a jamais été sa responsabilité. Le zero trust contrôle qui parle à l'application. Ce qu'elle accepte de dire relève du contrôle d'accès applicatif, celui que décrit l'article sur la sécurité des API et le BOLA. Un projet qui met un ZTNA devant une application sans l'avoir testée protège une faille derrière une porte blindée.

La surface externe oubliée. Le ZTNA est en place, et le concentrateur VPN historique tourne toujours, parce que deux prestataires s'en servent encore. L'interface d'administration du pare-feu répond en HTTPS sur son adresse publique, avec son certificat auto-signé de 2019. Un sous-domaine jenkins-old pointe sur une machine que personne n'a éteinte. Rien de tout cela n'est derrière le PEP, donc rien de tout cela n'est couvert par la politique. C'est le point de contact entre le zero trust et la surface d'attaque : une politique d'accès ne s'applique qu'aux ressources qu'elle connaît, et le shadow IT est, par définition, ce qu'elle ne connaît pas. Le NIST le dit sans détour dans sa section sur la migration : la démarche est particulièrement difficile s'il existe des déploiements de shadow IT inconnus.

Le test de réalité d'un projet zero trust

Vu de dehors, un zero trust réussi ressemble à un désert : un point d'entrée identifié, des applications muettes, aucune interface d'administration joignable. Un EASM mesure cela, en continu et depuis Internet : les hôtes qui répondent encore, les ports ouverts, les certificats qui trahissent un sous-domaine oublié, le VPN qu'on croyait décommissionné. Si la liste n'est pas courte, le projet n'est pas fini, quelle que soit la couleur du tableau de bord.

Zero trust, NIS2 et ReCyF : où les textes se recoupent

Le mot "zero trust" n'apparaît pas dans la directive (UE) 2022/2555. Ce que son article 21, paragraphe 2, impose ressemble pourtant beaucoup à ses principes : le point (i) exige "la sécurité des ressources humaines, des politiques de contrôle d'accès et la gestion des actifs", sans le moindre tempérament, et le point (j) "l'utilisation de solutions d'authentification à plusieurs facteurs ou d'authentification continue [...] selon les besoins". La réserve ne porte donc que sur le point (j). Le rapprochement du contrôle d'accès et de la gestion des actifs dans une même phrase rejoint la logique du NIST, puisqu'on ne contrôle pas l'accès à ce qu'on n'a pas recensé.

En France, la déclinaison opérationnelle est le ReCyF et ses objectifs de sécurité, en version de travail 2.5 du 17 mars 2026. Quatre de ses objectifs recoupent un projet zero trust. L'objectif 1 impose le recensement des systèmes d'information. L'objectif 7 demande aux entités essentielles de cloisonner leurs SI "en zones de sécurité cohérentes" et de contrôler les communications entre ces zones, avec des sous-systèmes regroupant des ressources "ayant des niveaux de sensibilité, d'exposition et de sécurité homogènes" : c'est la micro-segmentation, dans un vocabulaire d'auditeur. L'objectif 8 couvre les accès distants, avec une MFA reposant sur au moins un facteur de connaissance pour les entités essentielles (mesure 8.3-EE). L'objectif 10, gestion des identités et des accès, exige des comptes individuels, l'attribution des droits selon le besoin opérationnel, la désactivation des comptes inutiles dans un délai fixé par la politique (l'exemple donné est sept jours) et une revue des comptes et des droits au moins annuelle.

Statut au moment de la rédaction (septembre 2026)

Le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, qui transpose NIS2 et dont l'article 14 mentionne le référentiel, a été adopté par le Sénat le 12 mars 2025, puis en commission spéciale de l'Assemblée nationale le 10 septembre 2025, sans avoir été inscrit en séance publique ni promulgué au moment où ces lignes sont écrites. Le ReCyF reste un document de travail et rien n'y est encore opposable. Pour un projet zero trust, ça ne change rien sur le fond et tout sur la preuve : les objectifs 1, 7, 8 et 10 sont ceux qu'un contrôle vérifiera, donc ceux dont il faut garder les artefacts datés.

La logique d'ensemble, qui relie ces objectifs à une gouvernance, une analyse de risques et un référentiel de contrôles, est celle de la GRC en cybersécurité. Le zero trust y occupe une case, celle de l'architecture d'accès.

Feuille de route zero trust : par où commencer sans tout refaire

Le NIST et l'ANSSI convergent : la bascule complète est "peu envisageable" pour un SI hérité, et la plupart des organisations fonctionneront longtemps en mode hybride. La section 7.3 de la SP 800-207 fixe l'ordre : identifier les acteurs, les actifs, les processus clés et leurs risques, formuler la politique pour un candidat, choisir les solutions, déployer et surveiller, étendre. Cette séquence se découpe en six chantiers, avec en regard le contrôle qui dit si l'étape a vraiment abouti.

feuille-de-route
Le chantier
Ordre de la SP 800-207, section 7.3
  1. Inventaire. Recenser sujets, actifs, flux et processus. Sans lui, on n'écrit pas de politique. C'est aussi l'objectif 1 du ReCyF.
  2. Identité. Assainir l'annuaire : comptes individuels, départs traités, comptes de service inventoriés, groupes reconstruits sur les rôles réels.
  3. MFA. Sur les accès distants et l'administration d'abord, en privilégiant FIDO ou certificats. Le SMS est un pis-aller documenté, pas une cible.
  4. Segmentation. Regrouper les ressources par sensibilité et exposition, observer les flux légitimes pendant plusieurs semaines, puis bloquer le reste.
  5. Accès applicatif. Publier une première application derrière un PEP nominatif, couper son accès par VPN, mesurer, puis étendre application par application.
  6. Monitoring. Centraliser les journaux du PEP, du PE et de l'annuaire dans un SIEM, et surtout les lire : le principe 7 du NIST ne sert à rien sans quelqu'un derrière.
Le contrôle externe
La preuve, mesurée depuis Internet
  1. Comparer l'inventaire déclaré avec ce qu'Internet voit : sous-domaines, hôtes, certificats, ports. L'écart est la liste des actifs hors politique.
  2. Chercher les identifiants de l'entité dans les fuites publiques : un annuaire propre avec des mots de passe déjà en circulation reste une porte ouverte.
  3. Vérifier qu'aucun portail d'authentification exposé n'accepte encore un simple mot de passe, OWA et VPN en tête.
  4. Depuis un poste bureautique, tenter de joindre les ressources d'une autre zone. Si ça répond, la segmentation est sur le papier.
  5. Tester l'application publiée avec deux comptes de même rôle : si l'un lit les objets de l'autre, le PEP protège un IDOR.
  6. Rejouer un accès anormal (horaire, pays, poste inconnu) et vérifier qu'une alerte arrive à quelqu'un, avec un délai mesuré.
Six chantiers dans l'ordre du NIST, et le contrôle externe qui dit si l'étape est vraiment finie. Le pivot est l'accès applicatif : c'est là que le périmètre historique commence à se vider.

Le premier chantier est celui qu'on sous-estime, parce qu'il ne s'achète pas. L'inventaire interne (CMDB, gestion de flotte, annuaire) donne la moitié du tableau. L'autre moitié, celle que verra l'attaquant, se construit depuis Internet par découverte d'actifs : énumération DNS, journaux de Certificate Transparency, plages d'adresses, bannières de services. La confrontation des deux listes est le premier livrable utile d'un projet zero trust, avant le moindre devis, et c'est le rôle d'un EASM, dont le fonctionnement est décrit dans l'article qu'est-ce que la gestion de surface d'attaque externe.

Une précision : own2pwn ne déploie pas de ZTNA, ne configure pas d'annuaire et ne remplace pas l'intégrateur qui portera le projet. Il intervient sur deux points de la colonne de droite, la mesure continue de la surface externe par l'EASM et le pentest de l'application publiée, celui qui trouve l'IDOR derrière le PEP.

À retenir

  • Le zero trust est une architecture de décision d'accès, définie par la NIST SP 800-207 d'août 2020 et reprise par l'ANSSI en 2021 puis en 2025. Ce n'est ni une technologie ni un produit, et tout éditeur n'en vend qu'un composant.
  • Trois composants logiques : le policy engine décide, le policy administrator exécute, le policy enforcement point applique. Un ZTNA est d'abord un PEP, un annuaire à règles conditionnelles est d'abord un PE.
  • Le ZTNA réduit le mouvement latéral d'un compte volé. Il ne corrige aucune faille de l'application qu'il protège : un IDOR derrière un PEP reste un IDOR.
  • NIS2 n'emploie pas le mot, mais l'article 21.2 (i) et (j) et les objectifs 1, 7, 8 et 10 du ReCyF exigent l'inventaire, le cloisonnement, la MFA et la gestion des identités qui en sont le socle.
  • L'ordre qui tient : inventaire, identité, MFA, segmentation, accès applicatif, monitoring, en mode hybride et périmètre par périmètre. La surface externe mesurée depuis Internet est le test de réalité : ce qui répond encore hors du PEP n'est couvert par aucune politique.

Vous avez un ZTNA en cours de déploiement, ou déjà en place, et vous voulez savoir ce qui répond encore à côté ? L'EASM own2pwn inventorie votre surface externe en continu, sans agent ni accès à votre SI, et vous rend la liste que votre politique d'accès ne connaît pas encore.

Questions fréquentes sur le zero trust

Le zero trust est-il un produit ou une architecture ?

Une architecture, et même plutôt un ensemble de principes. Le NIST le définit comme une collection de concepts visant à prendre des décisions d'accès au moindre privilège, requête par requête, en considérant le réseau comme compromis. L'ANSSI écrit noir sur blanc que ce n'est pas une technologie en soi, et encore moins une solution logicielle tout-en-un. Un éditeur vend un composant de cette architecture, jamais l'ensemble.

Quelle différence entre ZTNA et VPN ?

Un VPN vous place sur le réseau interne : une fois le tunnel monté, vous voyez tout ce que le réseau laisse voir. Un ZTNA ne vous donne accès qu'à une application nommée, après avoir vérifié votre identité et l'état de votre poste, sans jamais vous mettre sur le réseau. Le ZTNA réduit le mouvement latéral, mais il ne corrige aucune faille de l'application qu'il protège.

Que sont le policy engine, le policy administrator et le PEP ?

Ce sont les trois composants logiques de l'architecture décrite par le NIST dans la SP 800-207. Le policy engine décide d'accorder ou non l'accès, à partir de la politique et de signaux externes. Le policy administrator exécute cette décision en ouvrant ou en coupant le chemin de communication. Le policy enforcement point est le point de passage obligé qui applique la décision entre le sujet et la ressource.

Le zero trust est-il exigé par NIS2 ?

Le mot n'apparaît pas dans la directive. En revanche, l'article 21, paragraphe 2, impose des politiques de contrôle d'accès, une gestion des actifs et le recours à l'authentification multifacteur, et le ReCyF de l'ANSSI décline ces exigences en objectifs de sécurité sur le recensement, le cloisonnement, les accès distants et la gestion des identités. Un projet zero trust bien conduit couvre une bonne partie de ces objectifs, sans que la directive l'impose sous ce nom.

Par où commencer un projet zero trust sans tout refaire ?

Par l'inventaire, parce qu'on ne peut pas écrire une politique d'accès sur des ressources qu'on ne connaît pas. Ensuite l'identité, avec un annuaire assaini et des comptes individuels, puis l'authentification multifacteur, la segmentation des ressources par sensibilité, l'accès applicatif nominatif, et enfin la journalisation. Le NIST et l'ANSSI décrivent tous deux une transformation progressive, en mode hybride avec le périmètre existant, jamais un basculement.

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