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ReCyF : le référentiel de cybersécurité de l'ANSSI pour NIS 2, objectif par objectif

ReCyF : le référentiel de cybersécurité de l'ANSSI pour NIS 2, objectif par objectif

ReCyF v2.5 : les 20 objectifs de sécurité NIS 2 de l'ANSSI (15 pour les entités importantes), leurs moyens acceptables de conformité, et ceux qui se prouvent.

own2pwn14 min de lecture

Les objectifs 5, 17 et 18 se mesurent

Cartographie de l'exposé, test d'intrusion, revue de configuration : les preuves que le ReCyF attend, produites sur périmètre défini.

Préparer le volet technique

"Les entités [importantes ou essentielles] disposent d'au moins une cartographie de leurs systèmes d'information suffisamment détaillée pour faciliter : 1° Le maintien en condition opérationnelle et de sécurité de leurs systèmes d'information ; et 2° L'amélioration de la réactivité de ces entités en cas d'incident de sécurité affectant leurs systèmes d'information." C'est l'énoncé de l'objectif de sécurité numéro 5 du ReCyF, le Référentiel Cyber France que l'ANSSI a rendu public le 17 mars 2026 en version 2.5. Lu vite, il demande un schéma réseau. Lu avec la mesure qui l'accompagne, il demande autre chose : être capable, à la publication d'un bulletin d'alerte, de nommer les ressources vulnérables, et à la survenue d'un incident, de nommer celles qui sont touchées. Un schéma Visio de 2021 ne répond pas à cette question. Un inventaire daté, versionné et confronté à ce qui est exposé de fait, oui.

Tout le référentiel fonctionne sur ce mode : un objectif court, dont l'atteinte sera obligatoire, puis des moyens acceptables de conformité qui disent comment l'ANSSI s'attend à le voir atteint. Vingt objectifs, quarante-sept pages, et entre eux une différence de nature que la numérotation ne laisse pas deviner : certains se démontrent en tendant un document signé, d'autres supposent d'aller mesurer. Le champ d'application, les sanctions et le calendrier de NIS 2 sont traités dans le guide de la directive NIS2.

Le ReCyF, un référentiel publié avant la loi qu'il applique

Le document se présente lui-même sans ambiguïté. Sa page de garde porte la mention "version de travail", un filigrane "document de travail" le barre en diagonale, et sa présentation ouvre ainsi : "RECYF constitue le référentiel de cybersécurité mentionné au 6ème alinéa de l'article 14 du projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité (PJL)." La page NIS 2 de l'ANSSI le met à disposition depuis le 17 mars 2026 et renvoie vers le PDF de la version 2.5, 47 pages, ainsi que vers un outil de comparaison de référentiels hébergé sur MesServicesCyber.

Le mot "projet" compte. Au moment de la rédaction (septembre 2026), la loi de transposition n'est pas promulguée : le dossier législatif du Sénat s'arrête au texte n° 78 adopté par le Sénat le 12 mars 2025, transmis à l'Assemblée nationale le lendemain, puis au texte de la commission spéciale déposé le 10 septembre 2025. Le ReCyF décrit donc des obligations qu'un décret fixera, sur le fondement d'une loi que le Parlement n'a pas fini de voter. Il cite d'ailleurs "l'article 17 de la loi XXX" pour les incidents importants, le numéro n'existant pas encore. La rédaction anticipe parce que l'état du droit l'y oblige, et il vaut mieux le savoir avant de bâtir un plan de mise en conformité sur une numérotation provisoire.

Statut au moment de la rédaction (septembre 2026)

Le ReCyF v2.5 est un document de travail. Sa présentation sépare deux niveaux : l'objectif de sécurité, "obligation fixée par le décret pris en application de l'article 14 du PJL", dont le référentiel écrit que "son atteinte est obligatoire" ; et les moyens acceptables de conformité, qui "ne sont pas d'application obligatoire (sauf cas particuliers prévus à l'article 16 du PJL)" mais permettent à l'entité qui les applique de "s'en prévaloir" pour démontrer l'atteinte de l'objectif lors d'un contrôle. Tant que la loi et son décret ne sont pas publiés, rien n'est opposable et tout peut bouger, numérotation comprise.

Les 20 objectifs de sécurité du ReCyF, pilier par pilier

Le référentiel range ses objectifs dans un modèle à quatre piliers, gouvernance, protection, défense et résilience, que son tableau de correspondance final explicite. Les objectifs 1 à 15 s'appliquent par défaut aux entités importantes (EI), aux entités essentielles (EE) et aux opérateurs d'importance vitale sur leurs systèmes autres que leurs SIIV. Les objectifs 16 à 20, "en application du principe de proportionnalité", ne concernent que les entités essentielles. Voici les intitulés exacts, tels qu'ils figurent dans le document.

recyf-v2.5
Objectif de sécuritéPilierAttendu de
1Recensement des systèmes d'informationGouvernanceEI et EE
2Mise en oeuvre d'un cadre de gouvernance de la sécurité numériqueGouvernanceEI et EE
3Maîtrise de l'écosystèmeGouvernanceEI et EE
4Intégration de la sécurité numérique dans la gestion des ressources humainesGouvernanceEI et EE
5Maîtrise des systèmes d'informationProtectionEI et EE
6Maîtrise des accès physiques aux locauxProtectionEI et EE
7Sécurisation de l'architecture des systèmes d'informationProtectionEI et EE
8Sécurisation des accès distants aux systèmes d'informationProtectionEI et EE
9Protection des systèmes d'information contre les codes malveillantsProtectionEI et EE
10Gestion des identités et des accès des utilisateurs aux systèmes d'informationProtectionEI et EE
11Maîtrise de l'administration des systèmes d'informationProtectionEI et EE
12Identification et réaction aux incidents de sécuritéDéfenseEI et EE
13Continuité et reprise d'activitéRésilienceEI et EE
14Réaction aux crises d'origine cyberRésilienceEI et EE
15Exercices, tests et entraînementsRésilienceEI et EE
16Mise en oeuvre d'une approche par les risquesGouvernanceEE seulement
17Audit de la sécurité des systèmes d'informationGouvernanceEE seulement
18Sécurisation de la configuration des ressources des systèmes d'informationProtectionEE seulement
19Administration des systèmes d'information depuis des ressources dédiéesProtectionEE seulement
20Supervision de la sécurité des systèmes d'informationDéfenseEE seulement
Les 20 objectifs de sécurité du ReCyF v2.5 (17 mars 2026), avec le pilier que leur attribue le tableau de correspondance du référentiel. EI = entité importante, EE = entité essentielle.

Le partage entre entités importantes et entités essentielles ne s'arrête pas au seizième objectif. Dans les quinze premiers, chaque moyen acceptable de conformité porte deux colonnes, "attendu d'une EI" et "attendu d'une EE", et beaucoup de lignes sont à "Non / Oui". L'objectif 7 en est l'exemple le plus net : une entité importante cloisonne l'ensemble de ses systèmes vis-à-vis des tiers (7.A.1-EI/EE), une entité essentielle cloisonne chaque système des autres (7.A.2-EE) et met en place des passerelles entrante et sortante (7.A.5-EE, 7.A.6-EE), pour un intitulé rigoureusement identique. Le classement en piliers réserve une autre surprise : l'audit (objectif 17) est rangé en "gouvernance" et non en "défense", ce qui se comprend quand on voit que son résultat alimente l'analyse de risques, dont la mesure 16.2-EE cite "les audits" parmi ses sources, et sert à vérifier l'atteinte des autres objectifs.

Objectif, moyen acceptable de conformité, mesure alternative : la mécanique

Chaque fiche du ReCyF suit le même plan. D'abord un "rappel de l'objectif de sécurité", en deux ou trois alinéas, qui répond à la question "quoi ?". Puis un tableau de moyens acceptables de conformité, numérotés à la façon 5.B.4-EI/EE (objectif, éventuelle sous-section, rang, entités concernées), qui répondent à "comment ?". Ce tableau est parfois précédé d'un paragraphe indiquant qu'une certification ou une prestation qualifiée par l'ANSSI vaut démonstration : un SMSI certifié ISO/IEC 27001:2022 pour les objectifs 2 et 16, une prestation PACS pour la préparation de la gestion des incidents (12), des crises (14), des exercices (15) et de l'analyse de risques (16), une prestation PASSI pour l'audit (17), une prestation PAMS pour la plus grande partie de l'administration sécurisée (les mesures 19.2 à 19.7 et 19.10 à 19.12, pas l'objectif 19 entier) et une prestation PDIS pour la supervision (20). Toutes ces qualifications renvoient au décret n° 2015-350 du 27 mars 2015 modifié.

mecanique
Schéma : un objectif de sécurité obligatoire peut être atteint par un moyen acceptable de conformité, par une prestation qualifiée ou une certification, ou par une mesure alternative justifiée ; les trois voies aboutissent au contrôle de l'ANSSI.par défautquand elle existesur justificationappréciationObligationObjectif de sécuritéFixé par le décret d'applicationde l'article 14. Répond à "quoi?". Son atteinte est obligatoire.Voie 1Moyen acceptable deconformitéMesure proposée par l'ANSSI, nonobligatoire. L'entité quil'applique peut s'en prévaloir.Voie 2Prestation qualifiée oucertificationISO 27001 pour les objectifs 2 et16, PACS, PASSI, PAMS ou PDISselon l'objectif.Voie 3Mesure alternativejustifiéeAutorisée quand l'entité n'est pastenue d'appliquer le référentiel,à condition d'en documenter lajustification dans l'analyse deconformité (2.C.3).VérificationContrôle de l'ANSSIApprécie la pertinence de lamesure retenue. Le plan d'action"ne préjuge pas" de cetteappréciation.
Ce que le référentiel décrit : l'objectif est obligatoire, le moyen acceptable de conformité est une voie recommandée vers lui, une mesure alternative reste possible si elle est justifiée dans l'analyse de conformité, et l'ANSSI apprécie l'ensemble lors d'un contrôle.

Une clause revient une dizaine de fois dans les tableaux, toujours sous la même forme : "Lorsque des raisons techniques ou opérationnelles ne permettent pas [de faire X], l'entité met en oeuvre des mesures permettant de réduire le risque associé." On la trouve pour les correctifs (5.B.6), l'authentification multifacteur (8.4-EE), les comptes partagés (10.A.3), les logiciels qu'on ne peut pas désinstaller (18.2-EE) ou les postes d'administration non dédiés (19.6-EE). Le référentiel admet donc partout l'exception, contre une mesure de compensation. Un système industriel qu'on ne peut pas patcher est prévu par le texte ; un système qu'on ne patche pas et qu'on n'isole pas non plus ne l'est pas.

Les résumés du référentiel passent en général sous silence la porte de sortie de l'objectif 1. Il autorise à écarter certains systèmes du périmètre, à condition de justifier qu'ils ne sont exposés à aucun des trois risques listés (interruption, divulgation, altération), puis il verrouille aussitôt l'argument le plus tentant : "La mise en oeuvre de mesures de sécurité sur ces systèmes d'information ne permet pas de justifier qu'ils ne sont exposés à aucun des risques précités." On n'exclut pas un système parce qu'il est bien protégé, on l'exclut parce que sa compromission n'aurait pas d'effet ; l'annexe cite le site du comité d'entreprise.

Les périodicités que le ReCyF fixe

Les référentiels de conformité aiment le mot "régulièrement". Celui-ci chiffre, au moins en partie. Une lecture ligne à ligne des tableaux donne les échéances suivantes, avec leur numéro de mesure pour qu'on puisse les retrouver.

echeances
ÉchéanceCe qui doit être faitMesureAttendu de
AnnuelleValider et réexaminer la liste des activités, services et systèmes1.3-EI/EEEI et EE
AnnuelleRevoir la PSSI2.B.4-EI/EEEI et EE
AnnuelleRevoir la mise en oeuvre technique des règles de filtrage7.B.5-EI/EEEI et EE
AnnuelleRevoir les comptes, puis les droits d'accès10.A.6 et 10.C.4-EI/EEEI et EE
AnnuelleRevoir la configuration des annuaires11.B.6-EEEE
AnnuelleTester sauvegardes et restauration13.2-EI/EEEI et EE
AnnuelleRevue de configuration des ressources, outils automatisés recommandés (scan de ports et de vulnérabilités)18.4-EEEE
TriennaleRéexaminer l'analyse de risques16.4-EEEE
TriennaleProgramme d'entraînement et d'exercices15.4-EEEE
24 h ouvréesPrendre en compte journaux et événements de sécurité20.1-EEEE
3 mois minimumConserver données de supervision et événements de sécurité20.5-EEEE
Sans retard injustifiéAppliquer les correctifs sur les ressources exposées à des SI tiers et les postes de travail5.B.4-EI/EEEI et EE
Périodicités et délais explicitement écrits dans les moyens acceptables de conformité du ReCyF v2.5. Les mesures non citées ici emploient des formulations non chiffrées ("sans délai", "sans retard injustifié", "périodiquement", "à une fréquence qu'elle définit").

La revue annuelle est le rythme par défaut du texte, et elle touche presque toujours une liste : systèmes, comptes, droits, règles de filtrage. Ce que le référentiel veut voir revenir chaque année, c'est une vérification que l'inventaire correspond encore au réel. Le seul délai court du document, les 24 heures ouvrées de prise en compte des événements, ne concerne que la supervision des entités essentielles. Quant à la mesure 5.B.4 sur les correctifs, elle ne fixe aucun nombre de jours, mais elle vise en priorité "un serveur Web, un pare-feu exposé sur Internet, un serveur de messagerie". C'est la définition d'une surface d'attaque externe, sans employer le mot.

ReCyF et l'article 21(2) de NIS 2 : des objectifs rattachés aux points a à j

L'article 21, paragraphe 2, de la directive (UE) 2022/2555 énumère dix familles de mesures, de a) "les politiques relatives à l'analyse des risques et à la sécurité des systèmes d'information" à j) "l'utilisation de solutions d'authentification à plusieurs facteurs". Le ReCyF ne les recopie pas. Il se termine par deux tableaux de correspondance, "communiqués uniquement à des fins pédagogiques", et le rattachement s'y fait au niveau de l'objectif, jamais de la mesure. Quelques exemples lus dans la table :

  • Objectif 2 (cadre de gouvernance) est rattaché à l'article 20 sur la responsabilité des organes de direction, et aux points a, f, h et i du 21(2). C'est l'objectif le plus transversal du référentiel.
  • Objectif 5 (maîtrise des SI) répond aux points e (sécurité de l'acquisition, du développement et de la maintenance, "y compris le traitement et la divulgation des vulnérabilités") et i (gestion des actifs).
  • Objectif 17 (audit) est rattaché au seul point f, "des politiques et des procédures pour évaluer l'efficacité des mesures de gestion des risques". Le point f est le seul de la liste qui parle de preuve d'efficacité, et le ReCyF y répond par l'audit, réservé aux entités essentielles.
  • Objectifs 12 et 20 (incidents, supervision) répondent au point b, la gestion des incidents ; objectif 13 au point c, la continuité ; objectif 16 au point a, l'analyse des risques.

Conséquence pratique pour qui prépare un dossier : inutile de chercher dans le ReCyF "la mesure qui correspond au 21(2)(f)". Il n'y en a pas. Il y a un objectif, le 17, et cinq mesures sous lui, de 17.1-EE à 17.5-EE. Pour une entité importante, qui n'a pas l'objectif 17, la preuve d'efficacité repose sur l'analyse de conformité de l'objectif 2 (2.C.1), tenue à jour. Le point f de la directive continue pourtant de s'appliquer à elle ; comment prouver l'efficacité sans audit reste, pour une EI, une question que le ReCyF laisse ouverte.

Ce qui se prouve techniquement, et ce qui reste documentaire

Vu depuis le métier de l'audit technique, les vingt objectifs se répartissent en deux tas très inégaux. La majorité se démontre avec des documents : une PSSI approuvée par le dirigeant (2.B.3), une charte opposable aux utilisateurs (4.1), une cartographie de l'écosystème avec un contact par prestataire (3.A.2), une liste imprimée des personnes mobilisables en crise (14.2), une stratégie de communication de crise (14.9-EE). Ces livrables sont sérieux et ils prennent du temps, mais un contrôleur les vérifie en les lisant. Le détail de ces livrables est ailleurs, dans l'article sur la structure d'une PSSI et ce qu'un auditeur y cherche, et l'objectif 16 renvoie explicitement à la méthode EBIOS RM, "qui peut être utilisée" sans être imposée.

Restent quelques objectifs qu'aucune lecture ne suffit à valider, parce qu'ils portent sur des états observables et datables.

Objectif 5 : la cartographie et les correctifs sur ce qui est exposé

La mesure 5.A.1 demande une cartographie assez fine pour "identifier les ressources matérielles ou logicielles vulnérables suite à la publication d'un bulletin d'alerte". La mesure 5.B.3 demande une veille sur les vulnérabilités, en citant le CERT-FR. La 5.B.4 demande les correctifs sans retard injustifié sur les ressources exposées à des systèmes tiers. Bout à bout, ces trois mesures décrivent une surface d'attaque tenue à jour, et elles ont une propriété que les autres n'ont pas : leur résultat est observable de l'extérieur. Un serveur de messagerie qui annonce une version visée par un bulletin CERT-FR fournit lui-même sa preuve, et il la fournit au premier venu. C'est le rôle d'un EASM : reconstruire depuis Internet la liste de ce qui est exposé, la comparer à la cartographie déclarée, et dater l'écart. Le raisonnement mesure par mesure est dans l'article sur l'inventaire de l'exposé comme obligation de l'article 21.

Objectifs 7 et 18 : le filtrage et la configuration, revus chaque année

La 7.B.5 impose une revue annuelle de la mise en oeuvre technique des règles de filtrage. La 18.4-EE va plus loin et nomme l'outil : une revue annuelle de configuration qu'il est "recommandé" d'appuyer sur des outils automatisés, "par exemple : scan de port et de vulnérabilité, revue (manuel ou automatique) des configurations des pares-feux par rapport aux matrices de flux". Le référentiel écrit donc lui-même que la preuve attendue est un scan confronté à la matrice de flux. Un port ouvert que la matrice n'autorise pas est une non-conformité au sens du texte, et elle se constate en une commande.

Objectif 17 : l'audit, et ce que 17.3-EE dit du test d'intrusion

La mesure 17.3-EE mérite d'être citée en entier, parce qu'elle est souvent résumée en "le ReCyF impose un pentest", ce qui est faux : "Sans préjudice d'autres obligations légales et réglementaires, l'audit de sécurité comprend au minimum une activité parmi les suivantes : un test d'intrusion (couvrant au minimum les interfaces exposées à des systèmes sous la responsabilité de l'entité pour lesquels elle a décidé de ne pas appliquer les objectifs de sécurité ainsi qu'à des systèmes d'information tiers), un audit de configuration, un audit d'architecture, un audit organisationnel et physique et, lorsque cela est pertinent, un audit de code." Le test d'intrusion est une option parmi cinq, mais c'est la seule dont le périmètre minimal est précisé, et ce périmètre est l'exposé : les interfaces tournées vers les systèmes tiers et vers les systèmes hors périmètre. La 17.4-EE fixe ensuite le contenu du rapport (synthèse de conformité, non-conformités et vulnérabilités, recommandations) et la 17.5-EE exige un plan d'action avec une échéance et un responsable par action.

Sur cet objectif, own2pwn doit être explicite, à deux endroits. L'objectif 17 ne concerne que les entités essentielles ; une entité importante peut faire tester ses interfaces exposées, l'objectif 5 lui en donne une raison, mais le référentiel ne le lui demande pas. Et l'introduction de l'objectif indique qu'une entité essentielle peut se prévaloir d'une prestation PASSI qualifiée par l'ANSSI "dont le périmètre de la prestation couvre l'application des mesures correctives". own2pwn ne détient pas cette qualification. Un test d'intrusion own2pwn produit un rapport au format de 17.4-EE et un retest des corrections, ce qui couvre le contenu attendu par la mesure, mais une entité essentielle qui veut en plus l'argument "prestataire qualifié" devra s'adresser à un PASSI. Le détail du déroulé, des livrables et de la place du test dans le dossier est dans l'article sur l'audit NIS2 et pourquoi le papier ne suffit pas.

Objectif 20 : la supervision, c'est-à-dire un SOC

Celui-là appelle une mise au point, parce qu'il est le plus mal vendu du référentiel. L'objectif 20 décrit une activité de supervision : collecte des journaux, prise en compte sous 24 heures ouvrées, conservation trois mois, couverture des scénarios de menace de l'analyse de risques. C'est un SOC, interne ou externalisé, et la voie qualifiée est la prestation PDIS. Un EASM comme celui d'own2pwn n'en fait pas partie : il observe la surface externe depuis Internet, il ne collecte pas vos journaux et ne détecte pas vos incidents. Son terrain est l'objectif 5, et quiconque vend un scanner externe comme réponse à l'objectif 20 lit mal le texte.

Par où commencer, côté entité importante et côté entité essentielle

L'ordre des objectifs n'est pas un ordre de mise en oeuvre, mais les renvois internes du référentiel en dessinent un : l'analyse de conformité (2.C.1) suppose la liste des systèmes (1.1) et leur cartographie (5.A.1), l'analyse de risques (16.2) s'appuie sur l'écosystème, la maîtrise du SI et les audits, et la supervision (20) se calibre sur les scénarios de l'objectif 16.

sequence
Entité importante
objectifs 1 à 15
  1. Lister toutes les activités et tous les services, avec un responsable et les systèmes qui les supportent (1.1), puis justifier les systèmes exclus (1.2).
  2. Cartographier chaque système au niveau qui permet de retrouver une ressource vulnérable à partir d'un bulletin d'alerte (5.A.1), et confronter cette carte à ce qui est exposé de fait.
  3. Écrire l'analyse de conformité par système et le plan d'action, avec échéance et responsable par écart (2.C.1, 2.C.2).
  4. Mettre en route la veille CERT-FR et le circuit de correctifs sur l'exposé et les postes de travail (5.B.3, 5.B.4).
  5. Poser les revues annuelles au calendrier : liste des SI, PSSI, règles de filtrage, comptes et droits, test de restauration.
Entité essentielle
objectifs 16 à 20 en plus
  1. Conduire l'analyse de risques par activité ou par système, en s'appuyant sur l'écosystème, la cartographie et la conformité (16.2), puis la valider en acceptant formellement les risques résiduels (16.3).
  2. Bâtir le programme d'audit pondéré par criticité et exposition (17.1), avec au moins un test d'intrusion sur les interfaces exposées ou une autre activité de 17.3.
  3. Durcir la configuration et planifier la revue annuelle outillée, scan de ports et de vulnérabilités compris (18.1 à 18.4).
  4. Isoler l'administration : réseau dédié, postes dédiés, cœur de confiance identifié (19.1 à 19.5, 11.B.2).
  5. Dimensionner la supervision sur les scénarios de l'analyse de risques, 24 h ouvrées, trois mois de rétention (20.1, 20.5).
Séquence déduite des renvois internes du ReCyF. À gauche, ce qu'une entité importante doit tenir. À droite, ce qu'une entité essentielle ajoute, dans l'ordre où les objectifs se nourrissent les uns les autres.

Le pivot est le même des deux côtés : une cartographie qui dit vrai. Tout le reste du référentiel la présuppose, de l'analyse de conformité au programme d'audit, et c'est le livrable qu'on peut le plus facilement vérifier sans croire personne sur parole, en regardant ce qu'Internet voit de vous.

À retenir

  • Le ReCyF v2.5 (17 mars 2026) est le référentiel de l'article 14 du projet de loi Résilience, publié en version de travail ; au moment de la rédaction (septembre 2026), la loi n'est pas promulguée et rien n'est encore opposable.
  • 20 objectifs de sécurité, 15 pour les entités importantes, les objectifs 16 à 20 réservés aux entités essentielles, répartis en quatre piliers : gouvernance, protection, défense, résilience.
  • L'objectif sera obligatoire ; le moyen acceptable de conformité ne l'est pas, mais l'entité qui l'applique peut s'en prévaloir lors d'un contrôle, et une mesure alternative doit être justifiée dans l'analyse de conformité.
  • Les périodicités écrites sont la revue annuelle (listes, PSSI, filtrage, comptes, sauvegardes, configuration), le réexamen triennal de l'analyse de risques, 24 h ouvrées et 3 mois pour la supervision.
  • Le rattachement à l'article 21(2) se fait objectif par objectif, pas mesure par mesure ; le point f (efficacité) tombe sur l'objectif 17, que les entités importantes n'ont pas.
  • Se prouvent techniquement : la cartographie de l'exposé (5), la revue de configuration et le scan (18), l'audit et le test d'intrusion sur les interfaces exposées (17). La supervision (20) est un SOC, pas un scanner.

Un dossier ReCyF finit toujours par buter sur la partie qui ne se rédige pas, celle des objectifs 5, 17 et 18. own2pwn produit ces preuves-là sur un périmètre défini : inventaire de ce que vous exposez confronté à votre cartographie, test d'intrusion des interfaces exposées avec rapport au format attendu et retest, matrice de couverture par objectif. Le détail et les tarifs sont sur la page du volet technique d'un audit NIS2. Pour la prestation qualifiée PASSI, l'analyse de risques ou la rédaction de la PSSI, il faudra frapper à d'autres portes.

Questions fréquentes sur le ReCyF

Qu'est-ce que le ReCyF de l'ANSSI ?

Le Référentiel Cyber France est le document par lequel l'ANSSI décline les mesures de gestion des risques de NIS 2 en droit français. Sa version 2.5, datée du 17 mars 2026, contient 20 objectifs de sécurité et, pour chacun, des moyens acceptables de conformité. Il correspond au référentiel mentionné à l'article 14 du projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité.

Le ReCyF est-il obligatoire ?

Pas encore, et pas tout entier. Au moment de la rédaction (septembre 2026), c'est un document de travail publié avant la promulgation de la loi de transposition. Le texte distingue les objectifs de sécurité, qui seront fixés par décret et dont l'atteinte est obligatoire, des moyens acceptables de conformité, qui restent des mesures recommandées. Une entité qui les applique peut s'en prévaloir lors d'un contrôle de l'ANSSI ; une entité qui choisit une mesure alternative doit la justifier.

Combien d'objectifs le ReCyF impose-t-il aux entités importantes ?

Quinze. Les objectifs 1 à 15 s'appliquent aux entités importantes comme aux entités essentielles. Les objectifs 16 à 20 (approche par les risques, audit de sécurité, sécurisation de la configuration, administration depuis des ressources dédiées et supervision de sécurité) sont réservés aux entités essentielles, au nom du principe de proportionnalité. À l'intérieur des quinze premiers, certaines mesures sont elles aussi attendues des seules entités essentielles.

Le ReCyF exige-t-il un test d'intrusion ?

Pour les entités essentielles, l'objectif 17 demande des audits de sécurité à intervalles réguliers, et la mesure 17.3-EE précise que l'audit comprend au minimum une activité parmi le test d'intrusion, l'audit de configuration, l'audit d'architecture, l'audit organisationnel et physique et, quand c'est pertinent, l'audit de code. Le test d'intrusion n'est donc pas imposé seul, mais c'est celui qui couvre les interfaces exposées à des systèmes tiers. Les entités importantes n'ont pas cet objectif.

Une certification ISO 27001 dispense-t-elle du ReCyF ?

Non, mais elle sert de preuve sur deux objectifs. Le référentiel indique qu'un système de management de la sécurité de l'information certifié ISO/IEC 27001:2022 permet de démontrer le respect de l'objectif 2 (cadre de gouvernance) et, pour les entités essentielles, de l'objectif 16 (approche par les risques), sur les systèmes couverts par la certification. Les dix-huit autres objectifs restent à démontrer par ailleurs.

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