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PSSI : structure, exemple de politique de sécurité et ce qu'un auditeur y cherche

PSSI : structure, exemple de politique de sécurité et ce qu'un auditeur y cherche

La PSSI (politique de sécurité des systèmes d'information) : sa place dans la gouvernance, un exemple de plan section par section, ce que NIS2, le ReCyF et ISO 27001 en attendent.

own2pwn14 min de lecture

Votre PSSI dit une chose. Votre exposition en dit une autre ?

Volet technique d'un audit NIS2 : la preuve d'efficacité que le document ne donne pas.

Confronter la PSSI au terrain

L'auditrice s'installe à 9 h 30. Avant le café, une seule demande : "Vous pouvez me transmettre votre PSSI ?" Vous dites oui, bien sûr, et vous ouvrez le SharePoint. Dossier Sécurité, sous-dossier Politiques. Il y a un PSSI_v0.9_DRAFT.docx de 2021, 74 pages, avec les commentaires du consultant encore dans la marge, et un PDF signé de 2019 qui décrit en détail la sauvegarde d'un ERP décommissionné depuis deux ans. L'auteur des deux documents a quitté l'entreprise. Vous envoyez le PDF. L'auditrice le feuillette, va directement au chapitre "Gestion des vulnérabilités", lit "les systèmes exposés font l'objet d'un scan mensuel", et demande le dernier rapport de scan. Ce sera la question de la journée.

La PSSI, politique de sécurité des systèmes d'information, est le document que tout le monde cite et que peu de gens ont lu jusqu'au bout. Le PDF de 2019 était pourtant très bien écrit. Ce qui lui manquait tenait ailleurs : un propriétaire, une revue, et un artefact daté derrière chacune de ses phrases. Il n'y aura donc pas de modèle à télécharger ici, parce qu'une PSSI recopiée rejoue la scène du paragraphe précédent, en plus récent.

PSSI : définition, et la place du document dans la gouvernance

La définition française de référence date de 2004. Le guide pour l'élaboration d'une politique de sécurité de système d'information de la DCSSI, l'ancêtre de l'ANSSI, la décrit comme l'"ensemble formalisé des éléments stratégiques, des directives, procédures, codes de conduite, règles organisationnelles et techniques, ayant pour objectif la protection du (des) système(s) d'information de l'organisme". Cette définition est large à dessein : en 2004, la PSSI était conçue comme tout le corpus. Vingt ans plus tard, l'usage a resserré le mot sur le document de tête, et c'est cette acception qu'on retient ici, parce que c'est celle que les référentiels récents emploient.

Le corpus se lit donc en quatre étages, et la confusion entre eux explique la plupart des PSSI illisibles. La politique dit pourquoi et qui : le périmètre, les enjeux, l'organisation, les principes, l'engagement de la direction. Elle est signée par le dirigeant et tient en une vingtaine de pages. Les politiques thématiques, qu'on appelle aussi directives, disent quoi, domaine par domaine : authentification, chiffrement, contrôle d'accès, gestion des vulnérabilités, sauvegarde. Elles sont portées par le RSSI et changent plus souvent. Les procédures disent comment, poste par poste, et appartiennent aux équipes qui les exécutent. Les preuves, enfin, sont ce que ces procédures produisent quand elles tournent : un rapport daté, un ticket, un compte rendu, un journal. La charte informatique est à part : c'est la déclinaison de la politique vers les utilisateurs, opposable aux salariés lorsqu'elle est intégrée au règlement intérieur selon la procédure du Code du travail, et elle ne remplace aucun des quatre étages.

corpus
Chaîne en quatre étapes, politique puis politiques thématiques puis procédures puis preuves, avec une flèche de retour des preuves vers la politique représentant la lecture de l'auditeur.déclinedétailleproduitl'auditeur remonteDirectionPSSIPérimètre, enjeux, organisation,principes. Signée par ledirigeant.RSSIPolitiques thématiquesUne par domaine : accès,chiffrement, vulnérabilités,sauvegarde.ÉquipesProcéduresLe mode opératoire, outil paroutil, poste par poste.SystèmePreuvesRapports datés, tickets, journaux,comptes rendus de revue.
Le corpus documentaire se rédige du haut vers le bas. L'auditeur, lui, le lit de bas en haut : il part d'une preuve et remonte jusqu'à la règle qui l'exige.

Cette hiérarchie dit si le document a une chance d'être vivant. Une PSSI qui contient la longueur minimale des mots de passe sera obsolète au premier changement d'annuaire, et personne ne fera resigner le directeur général pour passer de 12 à 14 caractères. Le détail descend d'un étage, ou il fige tout le reste. Pour situer la PSSI parmi les autres briques de pilotage, le pilier sur la GRC en cybersécurité replace le document dans l'ensemble gouvernance, risques, conformité.

Qui signe, qui porte, qui relit : la PSSI est un acte de direction

Une PSSI signée par le RSSI n'engage que le RSSI. Le texte européen est explicite sur ce point. L'article 20 de la directive (UE) 2022/2555 impose que les organes de direction des entités essentielles et importantes "approuvent les mesures de gestion des risques en matière de cybersécurité", "supervisent sa mise en œuvre" et "puissent être tenus responsables" des manquements de l'entité à l'article 21. Le ReCyF de l'ANSSI enfonce le clou en français courant : la mesure 2.A.1 rend le dirigeant exécutif responsable de la sécurité numérique de son entité, et la mesure 2.B.3 précise que c'est lui qui approuve la PSSI. Pas le comité, pas la DSI. Lui.

Nommez les rôles dans la PSSI elle-même, faute de quoi personne ne saura à qui s'adresser un an plus tard. Le signataire est le dirigeant : sa signature transforme une recommandation en règle interne. Le propriétaire répond du contenu et de la mise à jour, en général le RSSI, ou la personne qui en tient lieu dans une structure sans RSSI dédié. Les contributeurs sont les responsables de domaine qui rédigent les politiques thématiques : infrastructure, développement, juridique, RH. Quand le propriétaire part et que personne ne reprend le rôle, le document meurt en silence. C'est ce qui est arrivé au PDF de 2019 de l'introduction, et c'est le cas le plus fréquent.

La relecture obéit à la même logique. Le ReCyF demande (mesure 2.B.4) que la PSSI soit "au minimum revue annuellement et mise à jour lorsque nécessaire", en particulier après une évolution majeure de la menace ou du contexte métier, technique ou organisationnel. Une revue qui ne laisse pas de trace n'a pas eu lieu : le minimum est une ligne dans l'historique des versions, avec la date, l'auteur et la nature du changement, même si la conclusion est "aucune modification".

Exemple de plan de PSSI, section par section

Le plan ci-dessous n'est pas un modèle à remplir. C'est la structure qu'on retrouve, à quelques intitulés près, dans les PSSI qui tiennent devant un contrôle, avec pour chaque section ce qu'on y écrit, une longueur cible, et le document ou la preuve qu'elle doit rattacher. La colonne de droite est la plus importante : une section sans rattachement est une section que l'auditeur ne pourra pas vérifier.

plan
SectionCe qu'on y écritLongueurRattaché à
1. Objet et périmètreLes entités, sites, systèmes et prestataires couverts, et ce qui est exclu, avec la raison de l'exclusion.1 pageInventaire des SI (objectif 1 du ReCyF)
2. Enjeux et orientationsCe que l'organisation a à perdre, en termes métier, et les trois à cinq objectifs de sécurité qui en découlent.1 à 2 pagesStratégie d'entreprise, analyse de risques
3. Cadre légal et réglementaireLes textes qui s'appliquent : NIS2 et sa transposition, RGPD, exigences sectorielles, contrats clients.1 pageRegistre des obligations, tenu par le juridique
4. Engagement de la directionLe paragraphe signé : responsabilité du dirigeant, moyens alloués, engagement à respecter les exigences légales.1 pageSignature datée, budget sécurité
5. Organisation et responsabilitésQui décide, qui pilote, qui exécute. RSSI, correspondants, comités, prestataires. Un RACI vaut mieux qu'un organigramme.2 à 3 pagesFiches de poste, comptes rendus de comité
6. Gestion des risquesLa méthode retenue, la fréquence, l'échelle de besoins, qui valide le traitement des risques résiduels.1 à 2 pagesDernière analyse de risques datée
7. Principes de sécuritéUn principe par domaine, en une phrase chacun : accès, authentification, chiffrement, vulnérabilités, sauvegarde, développement, fournisseurs, incidents, continuité.3 à 5 pagesUne politique thématique par principe
8. Conformité et contrôleComment on vérifie que les règles sont appliquées : audits, tests d'intrusion, revues, indicateurs, et à quel rythme.1 à 2 pagesPlan d'audit, rapports de test, tableau de bord
9. Sanctions et dérogationsCe qui arrive en cas de manquement, et la procédure pour obtenir une dérogation motivée, temporaire et tracée.1 pageCharte informatique, registre des dérogations
10. Cycle de vie du documentPropriétaire, fréquence de revue, historique des versions, modalités de diffusion.1 pageHistorique de versions, preuve de diffusion
Un plan de PSSI de direction en dix sections. Vingt pages, chacune rattachée à un document ou une preuve vérifiable.

Ce plan descend en droite ligne de celui que proposait la DCSSI. Le plan-type du guide de 2004 avait deux parties : une partie I "Éléments stratégiques" en six chapitres (périmètre, enjeux et orientations, aspects légaux et réglementaires, échelle de besoins, besoins de sécurité, origines des menaces) et une partie II "Règles de sécurité" classées par thème. La différence avec la pratique d'aujourd'hui tient dans cette partie II : on ne met plus les règles dans la politique, on y met les principes, et les règles descendent dans des politiques thématiques qui ont chacune leur propriétaire et leur rythme. Sinon on obtient les 74 pages du brouillon de l'introduction.

Ce qu'on ne met pas dans la PSSI

Tout ce qui a une valeur numérique ou un nom d'outil. La durée de conservation des journaux, le délai de correction d'une vulnérabilité critique, les algorithmes autorisés, le nom du scanner ou de l'EDR changent au rythme des contrats et des attaques, pas au rythme des signatures de direction. La PSSI dit "les vulnérabilités des systèmes exposés sont identifiées en continu et corrigées dans des délais fonction de leur criticité" ; la politique de gestion des vulnérabilités dit "scan hebdomadaire, correction sous 7 jours au-dessus de CVSS 9" ; la procédure dit quelle commande, quel ticket, quel retest.

Ce que NIS2, le ReCyF et ISO 27001 attendent d'une PSSI

Les trois cadres qu'un auditeur français aura sur la table ne disent pas la même chose, et il vaut mieux savoir lequel il applique avant de lui répondre.

exigences
CadreCe qu'il exige sur la politiqueCe que le contrôleur vérifie
NIS2, art. 21(2)(a) et art. 20Des "politiques relatives à l'analyse des risques et à la sécurité des systèmes d'information", approuvées et supervisées par les organes de direction, qui en répondent.Le document existe, il est approuvé au bon niveau, et la direction a été formée (art. 20, paragraphe 2).
ReCyF v2.5, objectif 2Une PSSI avec organisation, rôles, orientations stratégiques, engagement du dirigeant, prise en compte du secteur (2.B.2) ; approuvée par le dirigeant (2.B.3) ; revue au moins annuellement (2.B.4) ; déclinée en politiques thématiques (2.B.5).Les cinq points de 2.B.2 sont présents, la date de revue est récente, les politiques chiffrement, accès, revue et comptes existent.
ISO/IEC 27001:2022, clause 5.2Une politique établie par la direction, adaptée à la finalité de l'organisme, portant des objectifs ou un cadre pour les fixer, un engagement de conformité et d'amélioration continue ; documentée, communiquée, disponible aux parties intéressées.La politique est dans la documentation du SMSI, diffusée, et cohérente avec la déclaration d'applicabilité.
Trois cadres, trois formulations de la même attente : une politique portée par la direction, déclinée, et revue.

Sur NIS2, l'exigence tient en une ligne du paragraphe 2 de l'article 21, le point (a), et elle est doublée par le point (f), qui réclame "des politiques et des procédures pour évaluer l'efficacité des mesures de gestion des risques". La conjonction des deux est ce qui fait la différence entre une politique et un tract : la directive n'impose pas seulement d'écrire des règles, elle impose d'écrire comment on vérifie qu'elles marchent. Le calendrier, les seuils et les sanctions sont détaillés dans le pilier sur la directive NIS2. Au moment de la rédaction (septembre 2026), la loi française de transposition, dite loi Résilience, a été adoptée par le Sénat le 12 mars 2025 et par la commission spéciale de l'Assemblée nationale le 10 septembre 2025, mais elle n'est pas promulguée à cette date, et l'état du dossier se revérifie avant de s'appuyer dessus (dossier législatif du Sénat). Les obligations précises viendront de ses décrets.

Le ReCyF, Référentiel Cyber France, est la traduction opérationnelle que l'ANSSI a mise en ligne le 17 mars 2026, en version de travail 2.5, dans l'attente de la loi. Il compte vingt objectifs de sécurité : les quinze premiers s'appliquent aux entités importantes comme aux essentielles, en réservant à l'intérieur certaines mesures aux seules essentielles, et les cinq derniers ne visent que les essentielles. L'objectif 2, "Mise en œuvre d'un cadre de gouvernance de la sécurité numérique", est celui qui parle de la PSSI, et il est plus précis que la directive. Le texte du référentiel liste ce que la PSSI comprend au minimum : l'organisation de la gouvernance avec les rôles du personnel interne et externe, les orientations stratégiques déclinées de la stratégie globale, l'engagement du dirigeant à assurer la sécurité des systèmes dont il est responsable et à respecter les exigences légales, et la prise en compte des spécificités du secteur. Il exige ensuite, en 2.B.5, au moins quatre politiques thématiques (chiffrement, contrôle d'accès physique et logique, revue de l'application des mesures, gestion des comptes), et rattache le tout, en 2.C.1 et 2.C.2, à une analyse de conformité par système d'information et à un plan d'action avec un responsable et une échéance par action. La lecture objectif par objectif est dans l'article consacré au référentiel ReCyF.

Un détail du ReCyF mérite d'être connu avant d'écrire une ligne : pour l'objectif 2, une entité peut se prévaloir lors d'un contrôle d'un SMSI certifié ISO/IEC 27001:2022 sur les systèmes couverts par le certificat. La clause 5.2 de la norme attend que la direction établisse une politique adaptée à la finalité de l'organisme, qui porte des objectifs de sécurité ou un cadre pour les fixer, un engagement à satisfaire les exigences applicables et un engagement d'amélioration continue, et que cette politique soit documentée, communiquée et disponible aux parties intéressées. Le contrôle A.5.1 de l'annexe A ajoute la revue à intervalles planifiés. Ce que la certification coûte et qui produit ses preuves techniques est détaillé dans l'article sur la certification ISO 27001.

Le guide PSSI de la DCSSI (2004) et la PSSIE (2014) : ce qui sert encore

La façon dont on écrit une PSSI en France doit encore beaucoup à deux documents publics assez mal connus. Le premier est le guide de la DCSSI du 3 mars 2004, en quatre sections (introduction, méthodologie, principes de sécurité, références SSI), héritier d'un guide de politique de sécurité interne de 1994. Il précise lui-même qu'il "n'a pas de caractère obligatoire" et qu'il "ne constitue pas un résultat final qu'un responsable SSI peut recopier". Sa page a disparu du catalogue de l'ANSSI : en septembre 2026, l'URL historique renvoie une page "guide introuvable", et il faut passer par une archive pour le lire. Sa méthode en quatre phases reste la plus claire qu'on ait en français.

méthode
Élaborer la PSSI
Guide DCSSI, 3 mars 2004, section 2
  1. Phase 0, préalables : organiser le projet et constituer le référentiel documentaire. Sortie : une note de cadrage validée par la direction.
  2. Phase 1, éléments stratégiques : périmètre, enjeux, cadre légal, échelle de besoins, besoins de sécurité, origines des menaces. Sortie : une note de stratégie.
  3. Phase 2, sélection des principes et rédaction des règles, à partir des seize domaines du guide. Sortie : la synthèse des règles et celle des impacts.
  4. Phase 3, finalisation : validation de la PSSI, puis élaboration et validation du plan d'action qui la met en œuvre.
Faire vivre la PSSI
ReCyF v2.5, objectif 2
  1. Le dirigeant exécutif approuve le document (2.B.3). La date et le nom figurent sur la page de garde.
  2. Chaque système d'information fait l'objet d'une analyse de conformité qui identifie les écarts (2.C.1).
  3. Un plan d'action corrige les écarts, avec un responsable et une échéance par action (2.C.2). C'est lui que le contrôleur lit en premier.
  4. Revue au moins annuelle, et après toute évolution majeure de la menace ou du contexte (2.B.4). Trace dans l'historique des versions.
À gauche, la démarche d'élaboration du guide DCSSI de 2004, phase par phase. À droite, le cycle annuel qu'exige le ReCyF une fois le document signé.

Le second document est la PSSIE, la politique de sécurité des systèmes d'information de l'État, approuvée par la circulaire du Premier ministre n° 5725/SG du 17 juillet 2014. Elle s'applique aux administrations, pas à vous, sauf si vous êtes un établissement public sous tutelle d'un ministère, une autorité administrative indépendante ou un prestataire intervenant sur un système d'information de l'État. Mais c'est le meilleur exemple public d'une PSSI de direction lisible : dix principes stratégiques en une page, une instruction en dix articles qui fixe le champ d'application, les délais (conformité totale dans les trois ans, PSSI et plan d'action de chaque entité au 1er janvier 2015), le pilotage et le contrôle, puis les règles classées par thème. Son article 6, avec ses trois déclencheurs de revue (menaces et incidents, analyses de risques et contrôles, évolutions du contexte), est un modèle de section "cycle de vie". Son principe P10, l'hébergement des informations sensibles sur le territoire national, est une contrainte d'État, pas une bonne pratique générale.

Ce qui a vieilli dans le guide de 2004, c'est le poids de la méthode : six tâches pour la seule phase stratégique, et seize domaines de principes dont certains (signaux compromettants, infrastructures de gestion de clés) ne concernent pas une PME. On en garde la colonne vertébrale, stratégie, règles, plan d'action, et on adosse l'analyse de risques à une méthode courante, décrite dans l'article sur la gestion des risques selon ISO 27005.

Les erreurs classiques d'une PSSI

La PSSI de 80 pages est la plus répandue, et elle a toujours la même origine : un cabinet a livré un document qui couvre tous les domaines d'un référentiel, contrôle par contrôle, pour que rien ne manque. Rien ne manque, et personne ne lit. Demandez à un responsable d'équipe ce que dit la PSSI sur son périmètre : s'il ne sait pas, le document n'existe pas pour lui, quelle que soit sa qualité.

La PSSI copiée d'un modèle se repère en trois minutes. Elle nomme un comité qui ne s'est jamais réuni, un outil que vous n'avez pas, un site que vous n'avez plus. Elle décrit un RSSI, un correspondant par direction et un comité trimestriel, dans une entreprise de quatre-vingts personnes où la sécurité est portée par l'administrateur système un jour par semaine. Un auditeur qui trouve une incohérence de ce type cesse de faire confiance au reste du document et bascule en vérification systématique.

La PSSI sans propriétaire ni revue est celle de l'introduction : signataire parti, personne mandaté pour la modifier. Le guide de 2004 y consacrait déjà son premier principe, PSI-01, "Évolutions de la PSSI". Enfin, il y a la PSSI qui contredit la pratique, la plus dangereuse des quatre, parce qu'elle transforme un écart technique en écart de gouvernance. Le document dit que l'authentification multifacteur est obligatoire sur tous les accès distants ; le VPN accepte un mot de passe seul. Le document dit scan mensuel ; le dernier rapport date de l'été précédent. Chaque règle écrite est une promesse, et un contrôleur teste les promesses.

Le test de fraîcheur, en trente secondes

Ouvrez la PSSI à la page de garde et cherchez quatre informations : la date d'approbation, le nom et la fonction du signataire, le numéro de version, le périmètre. Si l'une manque, ou si le signataire n'est plus en poste, le document ne passera pas la première demi-heure d'un contrôle. C'est la vérification que fait l'auditeur, dans cet ordre.

Relier la PSSI à des preuves : une politique sans scan daté est du papier

Reprenons la question de la journée. L'auditrice a lu "scan mensuel des systèmes exposés" et demande le dernier rapport. La suite dépend entièrement de ce qu'on lui tend. Le rapport existe, daté du mois dernier, avec la liste des hôtes et les écarts par rapport au mois précédent : la règle est prouvée. Le rapport existe, daté d'il y a huit mois : la règle est écrite mais pas appliquée, ce qui vaut un constat. Il n'y a pas de rapport, parce que le scan est fait "à la main, de temps en temps" : la règle est une intention, et le constat porte sur la politique elle-même, qui déclare une mesure qui n'existe pas. Une politique de gestion des vulnérabilités sans scan daté est du papier, et le ReCyF le formalise en rattachant l'objectif 2 au point (f) de l'article 21.2, l'évaluation de l'efficacité des mesures.

La bonne façon de construire le document est donc de partir de la preuve et de remonter. Pour chaque principe de la section 7 du plan, on se demande quel artefact daté prouvera qu'il est appliqué, et qui le produit. Pour les vulnérabilités, c'est un rapport de scanner ou d'EASM avec son périmètre et sa date, un ticket par correction, et un retest. Pour la sécurité du développement, c'est un rapport de pentest avant mise en production, avec les correctifs vérifiés. Pour les fournisseurs, c'est la liste des prestataires et les clauses de sécurité des contrats. Si aucun artefact n'existe, il reste deux choix honnêtes : créer la procédure qui le produira, ou ne pas écrire le principe. Le troisième choix, écrire le principe sans la preuve, coûte un constat.

Cette chaîne preuve, procédure, politique est celle que décrit le guide de la gestion des vulnérabilités côté opérationnel, et c'est à cet étage-là qu'own2pwn intervient, celui des artefacts. Rédiger la politique et animer un SMSI sont le travail d'un cabinet de gouvernance, métier qu'une société unipersonnelle de sécurité offensive n'exerce pas. Ce qu'elle rend, ce sont des documents datés sur le périmètre exposé : la matrice de couverture de l'article 21.2 et la preuve d'efficacité dans le volet technique d'un audit NIS2, ou un test d'intrusion daté qui alimente la section "Conformité et contrôle".

À retenir

  • La PSSI est le document de tête, signé par le dirigeant, en quinze à vingt-cinq pages : périmètre, enjeux, organisation, principes, engagement. Les règles chiffrées descendent dans des politiques thématiques, le mode opératoire dans des procédures.
  • NIS2 exige à l'article 21(2)(a) des politiques d'analyse des risques et de sécurité des SI, approuvées par les organes de direction (article 20). Le ReCyF (objectif 2) précise le contenu minimal, l'approbation par le dirigeant exécutif, la revue annuelle et quatre politiques thématiques.
  • Le guide DCSSI de 2004 fournit la méthode (quatre phases) et un plan-type ; la PSSIE de 2014 est le meilleur exemple public d'une politique de direction lisible. Ni l'un ni l'autre n'est un modèle à recopier.
  • Les quatre défauts qui coûtent un constat : le document trop long pour être lu, le document copié qui décrit une organisation qui n'existe pas, le document sans propriétaire ni revue, et le document qui promet ce que la pratique dément.
  • Chaque principe écrit doit désigner la preuve datée qui l'appuie et la personne qui la produit. Quand cette preuve n'existe pas et qu'on ne compte pas la créer, mieux vaut ne pas écrire le principe.

Reste le cas le plus courant, celui d'une politique qui promet une surveillance de l'exposition externe ou une gestion des vulnérabilités sans qu'aucun artefact daté ne suive. Deux issues honnêtes : retirer la phrase, ou produire l'artefact avant le contrôle. La seconde coûte souvent moins qu'une réécriture du document, parce qu'elle se fait une fois et laisse une trace réutilisable. C'est ce que rend le volet technique d'un audit NIS2 : la politique confrontée au périmètre réellement exposé, et une matrice de couverture de l'article 21.2 que votre auditeur pourra verser au dossier.

Questions fréquentes sur la PSSI

Qu'est-ce qu'une PSSI ?

La politique de sécurité des systèmes d'information est le document de tête de la sécurité d'une organisation. Le guide de la DCSSI, l'ancêtre de l'ANSSI, la définit en 2004 comme l'ensemble formalisé des éléments stratégiques, directives, procédures, codes de conduite et règles ayant pour objectif la protection des systèmes d'information. En pratique, on réserve aujourd'hui le mot PSSI au document court signé par la direction, qui fixe le périmètre, les enjeux, l'organisation et les grands principes, et on décline le reste en politiques thématiques et en procédures.

Quelle est la différence entre une PSSI et une charte informatique ?

La PSSI s'adresse à l'organisation : elle fixe les responsabilités, les objectifs et les règles de sécurité, et elle est approuvée par la direction. La charte informatique s'adresse aux utilisateurs : elle décrit ce qu'ils ont le droit de faire avec les moyens informatiques et ce qui est contrôlé, et elle est en général annexée au règlement intérieur, selon la procédure du Code du travail, pour être opposable. La charte est une déclinaison de la PSSI vers les salariés, pas un document équivalent.

Combien de pages doit faire une PSSI ?

Une PSSI de direction tient en quinze à vingt-cinq pages. Au-delà, le document mélange politique, directives et procédures, et personne ne le lit. Le détail technique (longueur des mots de passe, délais de correction par criticité, algorithmes autorisés) vit dans des politiques thématiques et des procédures, qui ont chacune leur propriétaire et leur rythme de mise à jour. Le plan-type proposé par la DCSSI en 2004 séparait déjà les éléments stratégiques des règles de sécurité.

NIS2 impose-t-elle une PSSI ?

La directive (UE) 2022/2555 exige à l'article 21, paragraphe 2, point a, des politiques relatives à l'analyse des risques et à la sécurité des systèmes d'information, et l'article 20 rend les organes de direction responsables de l'approbation des mesures. En France, le référentiel ReCyF de l'ANSSI, publié en version de travail le 17 mars 2026, traduit cela dans son objectif 2 : une PSSI approuvée par le dirigeant exécutif, revue au moins une fois par an, déclinée en politiques thématiques. Au moment de la rédaction (septembre 2026), la loi française de transposition n'est pas promulguée.

À quelle fréquence faut-il revoir une PSSI ?

Au moins une fois par an, et après tout changement majeur de menace, de contexte métier, technique ou organisationnel. C'est la formulation retenue par le ReCyF (mesure 2.B.4) et c'est aussi l'esprit de la clause 5.2 d'ISO 27001, qui attend une politique documentée, communiquée et maintenue. Une revue laisse une trace : une date, un signataire, un journal des modifications. Sans cette trace, l'auditeur considère que la revue n'a pas eu lieu.

Que regarde un auditeur dans une PSSI ?

Quatre choses avant même de lire le fond : la date d'approbation, le nom et la fonction du signataire, le numéro de version et le périmètre couvert. Ensuite, il prend une règle au hasard, par exemple le scan mensuel des systèmes exposés, et demande la preuve correspondante : le rapport daté, le ticket de correction, le retest. Une politique dont les règles n'ont pas de preuve rattachée est lue comme une intention, pas comme une mesure.

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