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ISO 27002 : le guide des 93 contrôles de sécurité, thème par thème

ISO 27002 : le guide des 93 contrôles de sécurité, thème par thème

ISO 27002 n'est pas une ISO 27001 au rabais : c'est le mode d'emploi des 93 contrôles de l'Annexe A. Révision 2022, attributs, preuves, NIS2 et ReCyF.

own2pwn14 min de lecture

Le contrôle 8.28 se prouve dans le dépôt, pas dans la PSSI

SAST et SCA en self-service sur vos dépôts : des findings datés, versionnés, versables au dossier d'audit pour le codage sécurisé et la gestion des vulnérabilités.

Prouver 8.28 et 8.8 sur mon code

"ISO 27002, c'est ISO 27001 en moins bien." On l'entend en comité de pilotage, on le lit dans des appels d'offres, et c'est faux dans les deux sens. Moins bien, non : le document est nettement plus épais, parce qu'il contient tout ce que l'Annexe A de 27001 se contente de nommer. Et ce n'est pas un sous-produit non plus : ISO 27002 est le texte dans lequel les 93 contrôles ont été écrits, numérotés et annotés, puis recopiés en une ligne chacun dans l'annexe de la norme certifiable. La dépendance va dans ce sens-là. Quiconque a tenté de mettre en oeuvre "A.8.8 Gestion des vulnérabilités techniques" à partir de son seul intitulé sait ce qui manque : le texte de 27002 consacre plusieurs pages à ce contrôle, l'Annexe A quelques mots.

Le document a l'épaisseur d'un annuaire et personne ne le lit d'une traite. On y entre par un numéro, le jour où un auditeur pointe du doigt le 8.28 ou bien où un client réclame la preuve derrière le 8.8. Le coût de la certification et le cycle d'audit sur trois ans ne sont pas repris ici, ils ont leur propre article sur la certification ISO 27001. Autre chose à poser d'emblée : own2pwn n'est pas organisme de certification, n'anime pas de SMSI et ne vend aucun outil de conformité. Il fabrique des artefacts techniques sur une poignée de contrôles numérotés, et rien d'autre.

ISO 27002 et ISO 27001 : un catalogue, deux documents

ISO/IEC 27001 fixe des exigences : les clauses 4 à 10 décrivent ce qu'un système de management de la sécurité de l'information doit contenir (contexte, leadership, planification, support, fonctionnement, évaluation, amélioration), et l'Annexe A liste les contrôles parmi lesquels l'organisation choisit, dans sa déclaration d'applicabilité, ceux qu'elle retient et ceux qu'elle écarte avec justification. C'est ce texte qu'un organisme accrédité audite, et le seul qui débouche sur un certificat. ISO/IEC 27002 reprend les mêmes 93 contrôles, avec la même numérotation (le 5.7 de 27002 est le A.5.7 de l'annexe), et donne pour chacun un objectif, les cinq attributs, des recommandations de mise en oeuvre et des informations complémentaires. Elle ne contient aucune exigence de management, donc rien à certifier. On ne demande pas "une certification ISO 27002", ça n'existe pas.

ISO 27001 décide et audite ; ISO 27002 explique comment mettre en oeuvre ce qui a été décidé. L'analyse de risques (ISO 27005) alimente la déclaration d'applicabilité, qui sélectionne dans les 93 contrôles.traitementsélectionquoicommentpreuvesrevue, non-conformitésISO 27005Analyse de risquesScénarios, vraisemblance, gravité,plan de traitement.ISO 27001 clause 6.1.3Déclarationd'applicabilitéRetenu / écarté, avecjustification, pour chacun des 93contrôles.ISO 27001 Annexe A93 contrôles, une lignechacunIntitulé et numéro. Rien de plus.ISO 27002Le guide de mise en oeuvreObjectif, attributs,recommandations, informationscomplémentaires par contrôle.Votre SIMise en oeuvre et preuvesPolitiques, configurations, tests,journaux, tickets.Organisme accréditéAudit de certificationClauses 4 à 10 et échantillon del'Annexe A.
ISO 27001 décide et audite ; ISO 27002 explique comment mettre en oeuvre ce qui a été décidé. L'analyse de risques (ISO 27005) alimente la déclaration d'applicabilité, qui sélectionne dans les 93 contrôles.

Les deux textes ont été révisés à la suite : 27002 en février 2022, 27001 en octobre 2022 avec une Annexe A réalignée sur le nouveau catalogue. La période de transition fixée par l'IAF pour les organismes certifiés était de 36 mois à compter de la fin du mois de publication, soit jusqu'au 31 octobre 2025 selon l'IAF MD 26. Depuis cette date, il n'y a plus de certificat 2013 valide, et tout audit se fait sur les 93 contrôles décrits ici. Si un consultant vous parle encore de "A.12.6.1", il lit une vieille édition.

Reste la question qu'on esquive souvent : d'où viennent les contrôles retenus ? De l'analyse de risques, pas de l'annexe. La clause 6.1.3 de 27001 impose de comparer les mesures issues du traitement des risques avec l'Annexe A pour vérifier qu'on n'a rien oublié ; l'annexe sert de filet, on ne part pas d'elle. La méthode d'appréciation, elle, est décrite dans un troisième texte de la famille, la norme ISO 27005 sur la gestion des risques. Et l'ensemble s'inscrit dans une démarche de gouvernance dont le vocabulaire est posé par le pilier sur la GRC en cybersécurité.

La révision de 2022 : de 114 contrôles en 14 domaines à 93 en 4 thèmes

L'édition 2013 alignait 114 contrôles dans 14 domaines numérotés de A.5 à A.18, avec des sous-niveaux à trois chiffres (A.12.6.1, A.14.2.8) que personne ne retenait. L'édition 2022 aplatit tout : quatre thèmes, un numéro à deux niveaux, et un regroupement par nature du contrôle plutôt que par sujet. Un contrôle organisationnel est un contrôle qui se décide et se documente ; un contrôle technologique est un contrôle qui se configure, se teste ou se mesure. Ce critère de tri, en apparence anodin, est ce qui rend la nouvelle édition lisible par un RSSI et par un DSI en même temps.

iso-27002-2022
ThèmeNumérotationContrôlesCe qu'on y trouve
Organisationnel5.1 à 5.3737Politiques, rôles, actifs, accès, fournisseurs, incidents, continuité, conformité
Personnes6.1 à 6.88Recrutement, contrat, sensibilisation, discipline, départ, télétravail, signalement
Physique7.1 à 7.1414Périmètres, entrées, locaux, surveillance, supports, câblage, mise au rebut
Technologique8.1 à 8.3434Postes, accès privilégiés, vulnérabilités, configuration, journaux, réseau, cryptographie, développement
Les quatre thèmes de l'édition 2022 et leur numérotation. 37 + 8 + 14 + 34 = 93.

Ces vingt et un contrôles de moins ne correspondent à aucune suppression. D'après le décompte publié par les auditeurs de Schellman, 24 des 93 contrôles de 2022 résultent de la fusion de plusieurs contrôles de 2013, 58 en reprennent un seul avec un texte remanié, et 11 sont des créations. Le compte tombe juste : 24 + 58 + 11 = 93. Les fusions concernent surtout des paires qui se recouvraient (la politique de sécurité et sa revue, les différentes facettes de la gestion des supports). Les créations, elles, disent quelque chose de l'époque : la veille sur les menaces, le cloud, la configuration, la surveillance et le codage sécurisé n'avaient aucune ligne dédiée en 2013.

11-nouveaux
ContrôleCe que ça exige, en pratique
5.7Veille sur les menacesCollecter et analyser l'information sur les menaces, et l'utiliser : un flux CERT-FR lu et un ticket qui en découle, pas un abonnement dormant
5.23Sécurité des services cloudUn processus d'acquisition, d'usage, d'administration et de sortie des services cloud, avec le partage des responsabilités écrit
5.30Préparation des TIC pour la continuitéDes exigences de continuité issues du BIA, et des systèmes prêts à les tenir, testés
7.4Surveillance de la sécurité physiqueDétection d'accès physique non autorisé : alarme, vidéo, rondes, avec revue des alertes
8.9Gestion de la configurationDes configurations de référence documentées, appliquées et surveillées pour les matériels, logiciels, services et réseaux
8.10Suppression des informationsEffacer ce qui n'est plus nécessaire, sur les systèmes, supports et services cloud, et pouvoir le montrer
8.11Masquage des donnéesMasquage, pseudonymisation ou anonymisation selon la politique d'accès et le cadre légal
8.12Prévention des fuites de donnéesDes mesures appliquées aux systèmes, réseaux et terminaux qui traitent de l'information sensible
8.16Activités de surveillanceSurveiller réseaux, systèmes et applications pour repérer un comportement anormal, et déclencher une évaluation d'incident
8.23Filtrage webGérer l'accès aux sites externes pour réduire l'exposition aux contenus malveillants
8.28Codage sécuriséAppliquer des principes de codage sécurisé au développement logiciel, y compris pour les composants externes
Les 11 contrôles créés en 2022, avec ce que l'auditeur attend concrètement. Intitulés paraphrasés, pas le texte de la norme.

Les cinq attributs, ou comment filtrer 93 contrôles selon qui les lit

C'est la partie de l'édition 2022 la moins exploitée, et à mon avis la plus utile. Chaque contrôle porte cinq étiquettes, écrites sous forme de mots-dièse dans le texte, qui permettent de le retrouver par une autre entrée que son numéro. Le principe est celui d'un tableau à filtres : on ne lit pas 93 contrôles, on extrait la dizaine qui concerne l'équipe de développement, ou ceux de nature détective, ou ceux qui portent sur la disponibilité. L'attribution est indicative et la norme dit elle-même qu'une organisation peut redéfinir les valeurs ou ajouter ses propres attributs.

attributs
AttributValeurs possiblesLecteur que ça sert
Type de contrôlePréventif, détectif, correctifQui veut savoir quand le contrôle agit : avant, pendant ou après l'événement
Propriétés de sécuritéConfidentialité, intégrité, disponibilitéQui part d'un risque exprimé en CIA, comme le fait ISO 27005
Concepts de cybersécuritéIdentifier, protéger, détecter, répondre, rétablirQui raisonne avec les cinq fonctions du NIST CSF 1.1 (le CSF 2.0 en a ajouté une sixième, Govern)
Capacités opérationnellesQuinze valeurs : gouvernance, gestion des actifs, protection de l'information, sécurité des RH, sécurité physique, sécurité système et réseau, sécurité applicative, configuration sécurisée, identités et accès, gestion des menaces et vulnérabilités, continuité, relations fournisseurs, conformité légale, gestion des événements, assurance sécuritéLe praticien qui cherche les contrôles de son périmètre
Domaines de sécuritéGouvernance et écosystème, protection, défense, résilienceQui organise un programme : à un mot près, les quatre piliers du ReCyF
Les cinq attributs d'ISO 27002:2022 et leurs valeurs. Un contrôle peut porter plusieurs valeurs par attribut.

L'usage le plus rentable consiste à filtrer sur la capacité opérationnelle "sécurité applicative" : il sort l'essentiel de la série 8.25 à 8.34 plus quelques contrôles organisationnels, soit à peu près le périmètre qu'on peut confier à une équipe produit sans lui faire lire les 80 autres. Le filtre "détectif" est plus cruel, parce qu'il fait apparaître à quel point le catalogue est préventif par construction. La colonne détective est courte (5.7, 7.4, 8.15, 8.16 et quelques autres), et c'est précisément là que les organisations sont les plus faibles à l'audit, puisqu'un contrôle détectif ne se prouve pas avec une politique mais avec des alertes traitées et horodatées. Le cinquième attribut, les quatre domaines, parlera aux lecteurs français : gouvernance et écosystème, protection, défense, résilience, c'est à un mot près le modèle en quatre piliers (gouvernance, protection, défense, résilience) sous lequel le ReCyF répartit ses vingt objectifs.

ISO 27002 thème par thème : ce que chaque famille demande

Organisationnel (5.1 à 5.37) : la charpente, et deux contrôles vivants

Trente-sept contrôles, la plupart documentaires. On y trouve les politiques et leur revue (5.1), les rôles (5.2 à 5.4), les contacts avec les autorités et les groupes d'intérêt (5.5, 5.6), l'inventaire et la classification des actifs (5.9 à 5.13), les règles d'accès et d'identité (5.15 à 5.18), les quatre contrôles fournisseurs (5.19 à 5.22) plus le cloud (5.23), la gestion des incidents de la planification à la collecte de preuves (5.24 à 5.28), la continuité (5.29, 5.30), et le bloc conformité qui va des exigences légales à la revue indépendante et aux procédures d'exploitation (5.31 à 5.37). La règle d'usage acceptable (5.10) est le contrôle que matérialise une charte informatique opposable, ce qui suppose qu'elle ait été annexée au règlement intérieur ou signée.

Deux contrôles de ce thème refusent de rester sur le papier. L'inventaire des actifs (5.9) est faux dès qu'il est figé : un sous-domaine oublié ou une instance cloud montée par un prestataire y manque par définition, et un auditeur qui compare l'inventaire avec ce qu'il voit depuis Internet trouve l'écart en dix minutes. La veille sur les menaces (5.7) est l'autre : elle demande que l'information collectée soit analysée et suivie d'effet, donc un lien traçable entre un bulletin d'alerte et une action sur le SI.

Personnes (6.1 à 6.8) : du recrutement au signalement

Huit contrôles qui suivent la vie d'un collaborateur : vérification avant embauche (6.1), clauses de sécurité dans le contrat (6.2), sensibilisation et formation (6.3), processus disciplinaire (6.4), responsabilités qui survivent au départ (6.5), engagements de confidentialité (6.6), télétravail (6.7) et signalement des événements de sécurité (6.8). Le thème est court mais c'est celui où les preuves sont les plus faciles à fabriquer et les plus faciles à démonter : une feuille d'émargement de sensibilisation prouve une présence, pas un apprentissage. Un auditeur sérieux demandera plutôt le taux de signalement des campagnes de phishing simulées, parce que 6.8 se mesure là.

Physique (7.1 à 7.14) : le thème que le pentester web ne voit jamais

Périmètres (7.1), contrôle des entrées (7.2), protection des locaux (7.3), la nouvelle surveillance physique (7.4), menaces environnementales (7.5), travail en zone sécurisée (7.6), bureau propre et écran verrouillé (7.7), positionnement et protection des équipements (7.8), actifs hors site (7.9), supports de stockage (7.10), services support comme l'électricité (7.11), câblage (7.12), maintenance (7.13) et mise au rebut ou réemploi (7.14). Pour une organisation dont tout le SI est chez un hébergeur, la plupart de ces contrôles se traitent par transfert : c'est le rapport d'audit du prestataire, ou sa propre certification, qui fait foi, et c'est le contrôle 5.22 (suivi des services fournisseurs) qui oblige à aller le chercher chaque année. Le 7.14 reste à la charge de l'organisation quoi qu'il arrive : un disque de portable revendu sans effacement est une fuite de données au sens plein du terme.

Technologique (8.1 à 8.34) : là où la preuve est un artefact

Trente-quatre contrôles et le coeur du sujet pour quiconque produit ou exploite du logiciel. Le thème s'ouvre sur les terminaux (8.1), les accès privilégiés (8.2), la restriction d'accès à l'information et au code source (8.3, 8.4), l'authentification (8.5) et la capacité (8.6). Suivent la protection contre les codes malveillants (8.7), la gestion des vulnérabilités techniques (8.8), la configuration (8.9), les trois contrôles sur le cycle de vie de la donnée (suppression 8.10, masquage 8.11, prévention des fuites 8.12), la sauvegarde et la redondance (8.13, 8.14), puis la journalisation, la surveillance et la synchronisation des horloges (8.15 à 8.17), qui vont ensemble parce qu'un journal sans horodatage fiable ne prouve rien. Les contrôles 8.18 et 8.19 encadrent les utilitaires à privilèges et l'installation de logiciels, 8.20 à 8.23 le réseau (sécurité, services, cloisonnement, filtrage web), 8.24 la cryptographie.

La série 8.25 à 8.34 est un mini-référentiel de développement sécurisé à elle seule : cycle de vie (8.25), exigences de sécurité applicative (8.26), principes d'architecture et d'ingénierie (8.27), codage sécurisé (8.28), tests de sécurité en développement et recette (8.29), développement externalisé (8.30), séparation des environnements (8.31), gestion des changements (8.32), données de test (8.33) et protection des systèmes pendant les tests d'audit (8.34). Ce dernier est celui qu'on invoque pour cadrer un test d'intrusion sur la production : fenêtre, comptes dédiés, sauvegarde préalable, et c'est une bonne chose que la norme le nomme.

Les contrôles ISO 27002 qui exigent une preuve technique

Sur 93 contrôles, la majorité se démontre avec un document signé, un registre ou un compte rendu de revue. Une minorité demande qu'une action ait été menée, datée et tracée, et c'est celle-là qui met un dossier de certification en difficulté, parce qu'on ne la produit pas la semaine de l'audit. Le tableau qui suit est volontairement restreint aux contrôles où l'auditeur, s'il fait son travail, demandera l'artefact et pas la politique.

preuves
ContrôlePreuve qui tient devant un auditeurQui la produit
8.8 Gestion des vulnérabilités techniquesInventaire des actifs exposés, scans datés, priorisation, tickets de correction fermés, délais mesurésExploitation, EASM pour la surface externe (own2pwn), scanner interne
8.29 Tests de sécurité en développement et recetteRapport de test d'intrusion avec périmètre, méthode, findings, correctifs et retestPentester (own2pwn en boîte noire ou blanche)
8.28 Codage sécuriséRègles de codage, résultats SAST par commit ou par release, findings triés avec justificationÉquipe de développement, outillage SAST et SCA (own2pwn)
8.25 à 8.27 Cycle de vie, exigences, architectureSSDLC documenté et appliqué, exigences de sécurité par fonctionnalité, modèle de menaces, revues d'architectureArchitecte, product owner, équipe sécurité
8.9 Gestion de la configurationConfigurations de référence versionnées, écarts détectés et corrigés, revue périodiqueExploitation, infrastructure as code
8.16 Activités de surveillanceRègles de détection, alertes traitées avec horodatage, cas d'incident ouverts depuis une alerteSOC interne ou externalisé (pas own2pwn)
5.19 à 5.22 FournisseursCartographie des prestataires, clauses de sécurité signées, nomenclature logicielle (SBOM), revues annuellesAchats, juridique, RSSI ; SCA et supply chain (own2pwn partiel)
Contrôles dont la preuve est un artefact technique daté. Qui la produit dépend de l'organisation ; la colonne indique le métier, et own2pwn quand c'est son périmètre.

Le 8.28 est le contrôle qu'on traite le plus mal, parce qu'il est récent et qu'une page de wiki intitulée "guide de codage sécurisé" a l'air de suffire. Ce n'est pas ce que la norme décrit : elle attend des principes appliqués avant, pendant et après le codage, y compris pour les bibliothèques tierces, et un auditeur qui a lu le texte demandera comment on vérifie l'application. La réponse qui tient est un outillage d'analyse statique (SAST) branché sur le dépôt, avec des résultats horodatés par version, et une analyse de composition (SCA) pour la partie composants externes, qui recoupe le 5.21 sur la chaîne d'approvisionnement. C'est le périmètre de SecAI, l'outil SAST et SCA d'own2pwn, avec une limite qu'il vaut mieux annoncer que laisser découvrir : il ne teste pas l'application en cours d'exécution, ce n'est pas un DAST, et il ne remplace en rien le 8.29.

Le 8.29, justement, est le contrôle du pentest. Le texte parle de tests de sécurité définis dans le cycle de développement et exécutés avant la mise en production, ce qui inclut des tests automatisés mais aussi des tests d'intrusion pour les systèmes exposés. Un rapport de pentest web en boîte noire daté, avec un périmètre écrit et un retest des correctifs, est l'artefact que l'auditeur versera au dossier. Un rapport de deux ans sur une application qui a connu vingt releases depuis n'en est plus un.

8.8 Gestion des vulnérabilités
Cycle continu
  1. Tenir l'inventaire des actifs exposés, y compris ce qui n'est pas dans la CMDB.
  2. Scanner à intervalle fixe et conserver chaque résultat avec sa date et son périmètre.
  3. Prioriser par exploitabilité plutôt que par score brut, et le documenter.
  4. Fermer chaque vulnérabilité par un ticket qui mentionne la version corrigée ou la mesure d'atténuation.
  5. Mesurer les délais de correction et les comparer à la politique.
8.29 Tests de sécurité
Par application, par cycle
  1. Définir le périmètre et le type de boîte, et l'écrire dans le mandat.
  2. Exécuter le test avant la mise en production ou sur la version en service.
  3. Recevoir un rapport avec méthode, findings, preuves d'exploitation et recommandations.
  4. Corriger, puis faire retester : c'est le retest qui prouve la fermeture.
  5. Archiver rapport et retest avec la version de l'application testée.
Constituer le dossier de preuves pour 8.8 et 8.29 avant l'audit, et non la semaine de l'audit. L'étape charnière est celle qu'on saute le plus souvent.

Les contrôles fournisseurs (5.19 à 5.22) sont contractuels à trois quarts, et techniques pour le quart qui compte. La sélection (5.19) et les clauses (5.20) relèvent des achats et du juridique. Le 5.21, sur la chaîne d'approvisionnement TIC, bascule côté technique dès qu'on demande une nomenclature des composants (SBOM) ou une preuve que les dépendances sont suivies. Le 5.22, suivi et revue, est celui qu'on oublie : il exige de revenir sur chaque prestataire périodiquement, avec un compte rendu. La mécanique complète, et ce que NIS2 et DORA y ajoutent, occupe l'article sur la gestion des risques tiers (TPRM).

Ce qu'own2pwn produit, et ce qu'il ne produit pas

Un pentest pour le 8.29, un outillage SAST et SCA pour le 8.28 et une partie du 5.21, une surveillance de surface d'attaque externe pour la partie exposée du 8.8. C'est tout. own2pwn ne certifie pas, ne rédige pas la déclaration d'applicabilité, ne tient pas de SOC pour le 8.16, ne fait pas l'audit blanc de gouvernance. Ces preuves alimentent quatre contrôles sur 93 ; les 89 autres appartiennent à votre organisation et à votre certificateur.

ISO 27002, NIS2 article 21 et ReCyF : la table de correspondance

L'article 21 de la directive (UE) 2022/2555 impose aux entités essentielles et importantes des mesures "techniques, opérationnelles et organisationnelles" fondées sur une approche tous risques, et son paragraphe 2 en liste dix familles, de (a) à (j). Le paragraphe 1 précise que ces mesures tiennent compte des normes européennes et internationales applicables : c'est la porte par laquelle ISO 27002 entre dans NIS2, sans jamais y être nommée. En France, l'ANSSI décline ces dix familles en vingt objectifs de sécurité dans le ReCyF version 2.5 du 17 mars 2026, dont les tableaux de correspondance en annexe relient chaque point de l'article 21.2 aux objectifs. La colonne ISO 27002 ci-dessous est mon interprétation, pas un mapping publié par l'ISO ou l'ANSSI ; les deux autres colonnes sont celles des textes.

nis2-iso-recyf
Art. 21.2Famille de mesuresContrôles ISO 27002 (indicatif)Objectifs ReCyF v2.5
(a)Politiques d'analyse des risques et de sécurité des SI5.1, 5.2, 5.4, 5.35, 5.36 (+ clauses 6.1 de 27001)2, 16 (EE)
(b)Gestion des incidents5.24 à 5.28, 6.8, 8.15, 8.1612, 15, 20 (EE)
(c)Continuité, sauvegardes, reprise, crise5.29, 5.30, 8.13, 8.1413, 14, 15
(d)Sécurité de la chaîne d'approvisionnement5.19 à 5.233
(e)Acquisition, développement, maintenance, vulnérabilités8.8, 8.9, 8.19, 8.25 à 8.345, 7, 8, 9, 10, 11, 17 (EE), 18 (EE), 19 (EE)
(f)Évaluer l'efficacité des mesures5.35, 5.36, 8.29, 8.342, 17 (EE)
(g)Cyberhygiène et formation5.10, 6.3, 8.74, 15
(h)Cryptographie et chiffrement8.24, 5.142, 7, 8
(i)RH, contrôle d'accès, gestion des actifs5.9 à 5.13, 5.15 à 5.18, 6.1 à 6.7, 8.2 à 8.51, 2, 3, 5, 10, 11
(j)MFA, communications sécurisées, communication d'urgence8.5, 8.20, 8.218, 10, 14
Article 21.2 de NIS2, contrôles ISO 27002:2022 qui y répondent (interprétation), et objectifs du ReCyF v2.5 selon la table de correspondance du référentiel. EE = entité essentielle seulement.

La famille (e) est la plus large des deux côtés : elle absorbe toute la série développement d'ISO 27002 et neuf objectifs du ReCyF, dont l'audit (17) et la configuration (18) réservés aux entités essentielles. Le ReCyF, lui, est plus précis qu'ISO 27002 sur les délais et les périmètres : la mesure 5.B.4 demande d'appliquer les correctifs "sans retard injustifié" sur les ressources exposées à des systèmes tiers et sur les postes de travail, là où le 8.8 parle de délais appropriés ; et la mesure 18.4-EE impose une revue annuelle de configuration appuyée sur des outils, dont le scan de ports et de vulnérabilités, quand le 8.9 reste sur le principe. Le référentiel reconnaît en revanche un SMSI certifié ISO 27001:2022 comme moyen acceptable de conformité pour l'objectif 2 (cadre de gouvernance) et, pour les entités essentielles, l'objectif 16 (approche par les risques), sur les systèmes couverts par le certificat. Pas pour les dix-huit autres. Le détail objectif par objectif se lit dans l'article consacré au ReCyF, le référentiel de cybersécurité de l'ANSSI.

Statut au moment de la rédaction (septembre 2026)

Le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, qui transpose NIS2 en France, a été adopté par le Sénat en première lecture le 12 mars 2025 et transmis le lendemain à l'Assemblée nationale, dont la commission spéciale a rendu son texte le 10 septembre 2025. Au moment de la rédaction (septembre 2026), il n'a pas connu de passage en séance publique depuis et n'est pas promulgué, selon le dossier législatif du Sénat. Le calendrier parlementaire peut le faire avancer à tout moment : vérifiez l'état du dossier avant de vous appuyer sur ce paragraphe. Tant que le texte n'est pas voté, le ReCyF reste un document de travail et les objectifs qu'il décrit ne seront opposables qu'une fois la loi et ses décrets publiés. Cela ne change rien à la directive elle-même, applicable depuis le 18 octobre 2024, ni à l'intérêt de s'organiser dès maintenant sur un catalogue stable comme ISO 27002.

Se servir d'ISO 27002 sans viser le certificat

La plupart des lecteurs de 27002 ne seront jamais certifiés, et c'est très bien ainsi. Le texte s'achète seul, se lit sans SMSI, et sert à trois choses même quand on n'a pas d'auditeur en vue. Il donne un vocabulaire commun avec les clients qui envoient des questionnaires de sécurité : quand la question 42 demande "décrivez votre gestion des vulnérabilités", répondre par le périmètre du 8.8 évite d'inventer une réponse différente à chaque client. Il donne une liste de contrôle pour prioriser, à condition de partir des risques et non de la première page : les attributs sont là pour ça. Et il donne un point d'arrivée à un audit technique : un rapport de test qui rattache chaque constat à un contrôle numéroté se lit par un RSSI, un DSI et un assureur avec la même grille.

Le pire usage qu'on puisse en faire, et je l'ai croisé plus d'une fois, consiste à transformer le catalogue en tableau de 93 lignes avec une colonne "conforme" et une colonne "preuve" remplie de liens vers des documents Word. Ce tableau-là existe dans toutes les organisations qui ont raté leur premier audit, et il y sert surtout à repousser le moment où il faudra ouvrir un ticket. Le bon usage commence par la question inverse : sur ces 93 contrôles, lesquels changeraient concrètement le résultat d'une attaque contre nous ? La réponse tient rarement en plus de vingt lignes, et ce sont ces vingt-là qu'il faut prouver avec des artefacts plutôt qu'avec des politiques.

À retenir

  • ISO 27002 est le guide de mise en oeuvre des 93 contrôles de l'Annexe A d'ISO 27001, avec la même numérotation. Seule 27001 se certifie ; 27002 explique comment faire.
  • L'édition 2022 est passée de 114 contrôles en 14 domaines à 93 en 4 thèmes (37 organisationnels, 8 personnes, 14 physiques, 34 technologiques), avec 11 contrôles créés, dont la veille sur les menaces (5.7), la configuration (8.9), la surveillance (8.16) et le codage sécurisé (8.28). La transition des certificats s'est achevée le 31 octobre 2025.
  • Les cinq attributs (type, propriété CIA, concept de cybersécurité, capacité opérationnelle, domaine) servent à filtrer le catalogue par lecteur : la vue "sécurité applicative" isole la série 8.25 à 8.34.
  • Une minorité de contrôles se prouve par un artefact daté et non par un document : 8.8, 8.29, 8.28, 8.9, 8.16 et le 5.21 côté composants logiciels. C'est là que les dossiers échouent.
  • Les dix familles de l'article 21.2 de NIS2 se projettent sur ISO 27002 et sur les 20 objectifs du ReCyF v2.5 ; le ReCyF reconnaît un SMSI certifié ISO 27001:2022 pour ses objectifs 2 et 16 seulement, et reste plus précis que la norme sur les délais de correction et la revue de configuration.

Le 8.28 et le 8.8 sont les deux contrôles qui bloquent le plus souvent un dossier, et leur preuve se fabrique dans le dépôt de code et sur la surface exposée, pas dans la PSSI. L'analyse statique et de composition de SecAI produit des findings datés par version, et un pentest en boîte noire fournit le rapport et le retest qu'attend le 8.29. Le reste du catalogue se joue entre votre SMSI et votre certificateur, et aucun prestataire technique ne le portera à votre place.

Questions fréquentes sur ISO 27002

Quelle est la différence entre ISO 27001 et ISO 27002 ?

ISO/IEC 27001 contient les exigences d'un système de management de la sécurité de l'information et c'est le seul des deux textes qui se certifie. Son Annexe A liste 93 contrôles en une ligne chacun. ISO/IEC 27002 reprend ces 93 contrôles avec la même numérotation et détaille pour chacun l'objectif, les attributs et les recommandations de mise en oeuvre. On ne se fait pas certifier ISO 27002 : on s'en sert pour appliquer l'Annexe A.

Combien de contrôles compte ISO 27002:2022 ?

93 contrôles répartis en quatre thèmes : 37 contrôles organisationnels (5.1 à 5.37), 8 contrôles liés aux personnes (6.1 à 6.8), 14 contrôles physiques (7.1 à 7.14) et 34 contrôles technologiques (8.1 à 8.34). L'édition 2013 en comptait 114 répartis en 14 domaines. Aucun contrôle n'a été supprimé sur le fond : sur les 93 contrôles de 2022, 24 résultent de la fusion de plusieurs contrôles de 2013, 58 en reprennent un seul avec un texte remanié, et 11 sont des créations.

Quels sont les 11 nouveaux contrôles de l'édition 2022 ?

5.7 veille sur les menaces, 5.23 sécurité des services cloud, 5.30 préparation des TIC pour la continuité d'activité, 7.4 surveillance de la sécurité physique, 8.9 gestion de la configuration, 8.10 suppression des informations, 8.11 masquage des données, 8.12 prévention des fuites de données, 8.16 activités de surveillance, 8.23 filtrage web et 8.28 codage sécurisé. Les onze existaient souvent dans les pratiques, mais aucun n'avait de ligne dédiée dans l'Annexe A de 2013.

À quoi servent les cinq attributs d'ISO 27002 ?

Chaque contrôle porte cinq étiquettes : le type de contrôle (préventif, détectif, correctif), la propriété de sécurité visée (confidentialité, intégrité, disponibilité), le concept de cybersécurité (identifier, protéger, détecter, répondre, rétablir), la capacité opérationnelle (quinze valeurs, de la gouvernance à l'assurance sécurité) et le domaine de sécurité (gouvernance et écosystème, protection, défense, résilience). Ils servent à filtrer les 93 contrôles selon le lecteur : la vue détective pour le SOC, la vue sécurité applicative pour les développeurs. Ils sont facultatifs et on peut en créer d'autres.

Quels contrôles ISO 27002 demandent une preuve technique plutôt qu'un document ?

Une minorité : 8.8 sur la gestion des vulnérabilités techniques, 8.29 sur les tests de sécurité en développement et recette, 8.25 à 8.28 sur le cycle de développement sécurisé jusqu'au codage sécurisé, 8.9 sur la configuration, 8.16 sur la surveillance, et les contrôles fournisseurs 5.19 à 5.22 dès qu'on parle de composants logiciels. Pour ceux-là, l'auditeur attend un artefact daté et rejouable : rapport de test, résultat d'analyse de code, nomenclature logicielle, tickets de correction.

ISO 27002 suffit-elle pour être en règle avec NIS2 ?

Non, aucun texte ne garantit ça. NIS2 impose à l'article 21 dix familles de mesures que l'ANSSI décline en France dans le ReCyF, en vingt objectifs de sécurité. ISO 27002 couvre chacune de ces familles par un ou plusieurs contrôles, et le ReCyF reconnaît un SMSI certifié ISO 27001:2022 comme moyen acceptable de conformité pour l'objectif 2 et, pour les entités essentielles, l'objectif 16. Les autres objectifs restent à démontrer un par un, y compris l'audit technique de l'objectif 17.

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