Aller au contenu principal
own2pwn
Surveillance du dark web : ce que 1 041 fuites disent de ce qu'elle peut voir

Surveillance du dark web : ce que 1 041 fuites disent de ce qu'elle peut voir

On a analysé les 1 041 fuites du catalogue HIBP et testé des mots de passe conformes à une politique classique. Une fuite y entre 4,6 mois après les faits en médiane : ce que la surveillance dark web voit, et ce qu'elle rate.

Maxime J15 min de lectureMis à jour le

Vos identifiants sur le dark web ?

Notre module Leaks & Secrets détecte en continu les fuites liées à votre domaine.

Surveiller mon exposition

Imaginez un lot de couples e-mail et mot de passe, tous rattachés au domaine d'une PME, mis en vente sur un forum avec une capture d'un login réussi sur son webmail. Le post reste en ligne trois semaines, personne ne le voit passer chez la PME, et l'accès initial du ransomware qui suit vient de là. La surveillance dark web sert à raccourcir ce délai : voir la vente pendant qu'elle est encore une vente, pas une fois que c'est devenu une intrusion.

Le sujet traîne son lot de promesses gonflées, et on peut en mesurer une partie. On a analysé les 1 041 fuites du catalogue public Have I Been Pwned, la référence publique la plus connue en la matière, et testé des mots de passe pourtant conformes à une politique classique contre son corpus de mots de passe compromis. Deux résultats cadrent la suite. Une fuite d'organisation n'entre au catalogue qu'4,6 mois après les faits en médiane, et plus d'un an après dans 35,5 % des cas. Et un mot de passe "complexe" construit sur un prénom et une année y figure déjà près d'une fois sur deux. Ce qui suit décrit ce que la surveillance dark web regarde, comment elle fonctionne, et où sont ses angles morts : un outil dont on connaît les limites vaut mieux qu'un outil qu'on croit omniscient.

Dark web, deep web, clear web : on remet les mots à leur place

Le clear web, c'est ce que Google indexe. Le deep web, tout ce qui existe mais n'est pas indexé (votre webmail, un intranet, une base derrière un login). Le dark web est une petite fraction du deep web accessible seulement via des réseaux comme Tor ou I2P. Une bonne partie des fuites de données ne vit d'ailleurs même pas sur Tor, mais sur des canaux Telegram et des forums en clair. On y revient.

Ce que la surveillance dark web regarde vraiment

"Surveiller le dark web" ne veut rien dire tant qu'on n'a pas précisé ce qu'on surveille. Pour une organisation, un service de dark web monitoring se concentre sur cinq familles de signaux, et il faut les distinguer parce qu'elles n'ont ni la même valeur ni le même taux de faux positifs.

  • Les identifiants d'employés qui ressortent dans des fuites publiques et des dumps de bases. C'est le cas le plus fréquent : une adresse pro ([email protected]) qui apparaît, souvent avec un mot de passe, parce que la personne l'a réutilisée sur un site tiers qui s'est fait piller.
  • Les fuites de bases de données entières mises en vente ou diffusées gratuitement. Là, ce n'est plus un compte isolé mais tout un jeu de données clients, RH ou techniques qui circule.
  • Les combolists, ces immenses fichiers d'agrégation de couples login / mot de passe issus de dizaines de fuites, recompilés et rejoués en masse par les attaquants pour du credential stuffing, le rejeu de mots de passe volés ailleurs. Une même adresse peut y figurer vingt fois.
  • Les logs d'infostealers, sans doute la source la plus dangereuse aujourd'hui. Un malware voleur (RedLine, Vidar, Lumma et consorts) infecte le poste d'un salarié ou d'un prestataire et exfiltre tout : mots de passe enregistrés dans le navigateur, cookies de session, tokens, jusqu'aux accès VPN. Ces logs se vendent au détail, et un cookie de session valide court-circuite parfois même le second facteur.
  • Les mentions de votre marque et de votre domaine sur les forums et les canaux : un acteur qui demande "quelqu'un a un accès chez tel groupe ?", un courtier en accès qui revend une entrée, une revendication de ransomware. Signal plus qualitatif, mais précieux quand il tombe tôt.

La hiérarchie de gravité n'est pas linéaire. Un vieux mot de passe déjà changé qui traîne dans une combolist de 2019 ne mérite qu'un haussement de sourcils. Un log d'infostealer daté de la semaine dernière avec un cookie de session sur votre VPN, lui, mérite qu'on décroche le téléphone. Un bon service ne se contente pas de vous dire "on a trouvé quelque chose", il vous dit à quel point c'est chaud, et pourquoi.

Les identifiants compromis restent l'un des tout premiers vecteurs d'accès initial recensés par le rapport Verizon Data Breach Investigations Report, au coude-à-coude avec l'exploitation de vulnérabilités. Surveiller leur apparition, c'est se donner une chance d'agir sur ce vecteur avant qu'il ne serve.

Ce que dit un catalogue de 1 041 fuites : tard, et peu d'infostealers

Une bonne partie de la "surveillance" vendue repose, au moins en partie, sur des fuites déjà agrégées. Le catalogue de Have I Been Pwned est l'un des rares agrégats dont la liste complète est publique, avec pour chaque fuite sa date, sa date d'ajout et les catégories de données exposées. On l'a extrait en entier le 7 octobre 2026.

catalogue HIBP
fuites cataloguées17,8 milliards d'enregistrements cumulés, doublons compris
1 041
délai médian entre une fuite et son ajout à HIBPun quart des fuites ajoutées en moins de 21 jours, un quart après plus de 646 jours
4,6 mois
des fuites ajoutées plus d'un an après les faitscontre 30,5 % ajoutées en moins d'un mois
35,5 %
Catalogue Have I Been Pwned (API publique /breaches, sans clé), 1 041 fuites, extraction own2pwn du 7 octobre 2026. Délai = date d'ajout au catalogue moins date de la fuite, sur 994 fuites d'organisations (listes de spam, fuites fabriquées, logs d'infostealers et compilations retirés). La date de fuite est parfois approximative au mois près.

Le délai a deux bosses. Près d'une fuite sur trois entre au catalogue dans le mois. Plus d'une sur trois n'y arrive qu'après plus d'un an. Pour une organisation, la conséquence est simple : un service qui se contente de comparer votre domaine à un catalogue agrégé vous apprend souvent une fuite des mois après qu'elle a commencé à servir. La valeur d'un prestataire tient à ce qu'il voit avant l'agrégation.

Le second constat porte sur la nature des sources. Sur 1 041 entrées, le catalogue ne compte que 6 lots de logs d'infostealers et 9 entrées liées à des malwares, alors que ces logs sont la source la plus dangereuse décrite plus haut. Ce n'est pas un défaut d'HIBP, qui catalogue surtout des fuites d'organisations ; c'est un rappel que "vérifier son domaine dans une base de fuites" et "surveiller les infostealers" sont deux métiers distincts. Et le volume est trompeur : sur les 17,8 milliards d'enregistrements cumulés, 7,0 milliards viennent de compilations, de combolists et de listes de spam, c'est-à-dire en bonne partie de données déjà vues ailleurs. Une même adresse peut y compter des dizaines de fois.

Ce qu'on trouve quand un mot de passe sort

Un mot de passe exposé n'a de valeur pour l'attaquant que s'il est lisible. Sur 644 fuites d'organisations qui exposent des mots de passe, HIBP en décrit 57,5 % avec au moins une partie en clair, en MD5 ou en SHA-1, dont 13,7 % en clair, et 18,6 % seulement avec bcrypt ou une fonction de dérivation lente. MD5 et SHA-1 sont des fonctions rapides, conçues pour hacher vite : c'est exactement ce qu'on ne veut pas pour un mot de passe, que l'attaquant teste par milliards de candidats.

format mdp
Format des mots de passe décrit pour 644 fuites d'organisations du catalogue HIBP
Valeurs en fuites
Format des mots de passe décrit pour 644 fuites d'organisations du catalogue HIBPMD5231bcrypt100En clair88Hachage non précisé74Format non indiqué52SHA-151SHA-224Dérivation lente (Argon2, scrypt, PBKDF2)20Chiffré, algorithme non précisé4
Format des mots de passe décrit pour 644 fuites d'organisations du catalogue HIBP
CatégorieValeur (fuites)
MD5231
bcrypt100
En clair88
Hachage non précisé74
Format non indiqué52
SHA-151
SHA-224
Dérivation lente (Argon2, scrypt, PBKDF2)20
Chiffré, algorithme non précisé4
Catalogue Have I Been Pwned (API publique /breaches, sans clé), 1 041 fuites, extraction own2pwn du 7 octobre 2026. Format le plus faible cité dans la description de chaque fuite (une fuite mixte est classée au plus faible) ; lecture des descriptions, pas audit du stockage. 30 compilations et agrégats exclus, 13 entrées reclassées à la relecture.

Ce qui rend ces fuites dangereuses chez vous, c'est la réutilisation, et la politique de mots de passe ne l'empêche pas. On a généré, à partir de listes publiques françaises (prénoms de l'INSEE, communes, noms communs), des mots de passe qui respectent une politique classique : 12 caractères au moins, une majuscule, une minuscule, un chiffre, un caractère spécial. Puis on les a testés contre le corpus Pwned Passwords des mots de passe compromis, en k-anonymat : seuls les cinq premiers caractères de l'empreinte SHA-1 quittent la machine.

mdp conformes
Part de mots de passe conformes à une politique classique déjà présents dans Pwned Passwords, par motif
Part de mots de passe conformes à une politique classique déjà présents dans Pwned Passwords, par motifPrénom + année + caractère spécial285 sur 59747,7 %Ville + code postal203 sur 52438,7 %Mot du dictionnaire + chiffres126 sur 90014,0 %Saison + année + caractère spécial24 sur 18013,3 %Aléatoire, même longueur (témoin)0 sur 3 1270,0 %
Part de mots de passe conformes à une politique classique déjà présents dans Pwned Passwords, par motif
CatégorieValeur (%)Précision
Prénom + année + caractère spécial47,7285 sur 597
Ville + code postal38,7203 sur 524
Mot du dictionnaire + chiffres14,0126 sur 900
Saison + année + caractère spécial13,324 sur 180
Aléatoire, même longueur (témoin)0,00 sur 3 127
Mots de passe générés par own2pwn (12 caractères ou plus, majuscule, minuscule, chiffre, caractère spécial) à partir de listes publiques françaises, testés en k-anonymat sur l'API Pwned Passwords le 7 octobre 2026. n = 597, 524, 900, 180 et 3 127. Taux très sensibles au suffixe choisi : ordre de grandeur pour ces formes, pas fréquence dans la population.

Selon le motif retenu, de 13 % à 48 % de ces mots de passe conformes sont déjà dans un corpus de fuite. Le détail compte : un prénom suivi d'une année et d'un point d'exclamation l'est à 60,7 % (142 sur 234), la même base terminée par un dièse à 30,0 %. Le témoin aléatoire, lui, est à zéro, ce qui valide surtout la chaîne de test. La leçon pour la surveillance : un mot de passe conforme mais construit sur un motif humain figure souvent déjà dans les listes que les attaquants rejouent, qu'il ait fui chez vous ou non. Ne surveiller que les fuites de votre domaine ne couvre pas ce risque-là.

La mesure

Catalogue : GET /api/v3/breaches de Have I Been Pwned, endpoint public sans clé, appelé le 7 octobre 2026, 1 041 entrées dont 999 marquées vérifiées. Les délais et les formats portent sur les fuites d'organisations, après retrait des listes de spam, des fuites signalées fabriquées, des logs d'infostealers et des compilations dont la date est celle de l'assemblage. Mots de passe : corpus figé avant toute requête (graine fixe, régénéré à l'identique hors ligne), puis 6 254 empreintes interrogées par préfixe avec l'en-tête Add-Padding, qui brouille la taille des réponses. Une contre-expertise a recompté les 6 254 réponses brutes et retiré deux motifs qui ne tenaient pas.

Cadre et limites

Données ouvertes uniquement, aucun téléchargement de données de victimes, aucun vrai mot de passe publié : les seuls mots de passe testés ont été fabriqués pour l'étude. HIBP n'est pas l'univers des fuites, il dépend de ce qu'on lui transmet ; sa date d'ajout n'est ni la date de publication sur un forum, ni celle de la notification aux victimes. Les taux par motif dépendent des formes générées, et les années 2025-2026 sont encore sous-représentées dans Pwned Passwords. Un motif de raison sociale et une liste de mots de passe populaires écrite à la main ont été retirés des résultats, le premier parce que le générateur faussait le taux, le second parce que ce n'était pas un échantillon.

Comment ça marche, techniquement

Sous le capot, un service de dark web monitor fait deux choses très différentes qu'on a tendance à confondre : il collecte de la donnée brute sur des sources difficiles d'accès, puis il corrèle cette masse à votre périmètre pour n'en garder que ce qui vous concerne. C'est à la corrélation que se joue la qualité de l'alerte.

La collecte, source par source

Il n'y a pas de "moteur de recherche du dark web" qui indexerait tout proprement. La collecte est un patchwork de méthodes, chacune avec ses contraintes :

  • Les forums et les marketplaces (sur Tor ou en clair) sont crawlés par des robots qui doivent parfois s'enregistrer, résoudre des captchas, entretenir des comptes avec une réputation, voire payer un droit d'entrée. Beaucoup de ces espaces sont éphémères : une place de marché tombe, une autre monte, un forum se ferme sur saisie policière.
  • Les paste sites (Pastebin et ses innombrables clones) où l'on balance des extraits de fuites en clair, souvent pour la vitrine avant une vente. Faciles à surveiller, mais très bruyants.
  • Telegram est devenu, ces dernières années, le vrai centre de gravité de la diffusion de fuites et de logs. Des milliers de canaux publient des échantillons, revendent des logs d'infostealers à l'unité, alimentent des bots automatisés. Suivre Telegram demande de rejoindre en continu de nouveaux canaux et d'ingérer un flux énorme.
  • Les dumps déjà agrégés (bases connues, corpus de combolists) que l'on ré-indexe pour pouvoir y chercher un domaine instantanément, plutôt que de recrawler à chaque requête.

La corrélation, ou pourquoi votre domaine est la clé

Collecter dix téraoctets de fuites ne sert à rien si on ne sait pas lesquelles vous concernent. C'est le rôle de la corrélation : rattacher la donnée brute à des sélecteurs qui vous identifient. Le plus robuste, de loin, c'est votre domaine (et ses variantes) parce qu'il apparaît dans les adresses e-mail de vos employés. À partir de là, on peut aussi pivoter sur les noms de la marque, des plages d'IP, des adresses spécifiques. C'est cette étape qui transforme un océan de bruit en une poignée d'alertes exploitables.

flux-surveillance
Sources
Collecte multi-canaux
Forums et markets (Tor / clear), paste sites, canaux Telegram, dumps et combolists déjà agrégés.
Moteur
Corrélation au périmètre
Filtre sur vos sélecteurs : domaine et variantes, e-mails employés, marque, plages d'IP. Le reste est écarté.
Moteur
Qualification
Fraîcheur, type de secret (mot de passe, cookie de session, token), doublon d'une fuite déjà connue ? On note la gravité.
Vous
Alerte actionnable
Un identifiant précis, sa source, sa date, et quoi faire : forcer une rotation, couper une session, isoler un poste.
Trois étages : on collecte largement, on ne garde que ce qui matche votre domaine, on qualifie avant d'alerter.

Notez l'étage de qualification, celui qu'on escamote le plus souvent. Sans lui, vous recevez une alerte par ligne de combolist et vous finissez par toutes les ignorer, ce qui est pire que pas d'alerte du tout. Une alerte de surveillance a de la valeur seulement si elle arrive triée, datée et accompagnée d'une action claire.

Les limites, honnêtement

La surveillance dark web est utile, mais elle n'est ni exhaustive ni magique. Elle a quatre limites.

limites
Limite
L'accès privé échappe
Cercles fermés, messageries chiffrées de bout en bout, ventes de gré à gré : une part entière du marché n'émet aucun signal observable.
Limite
Des faux positifs
Un homonyme de domaine, une donnée fabriquée pour gonfler un lot, une adresse générique : tout ne se vérifie pas, et certaines alertes se dégonflent.
Limite
Énormément de bruit
Le volume de données recyclées est colossal. Sans tri sévère, le signal utile se noie dans les vieilles combolists rejouées à l'infini.
Limite
On ne voit pas tout
Les transactions les plus sensibles se font en privé, entre acteurs de confiance. Ce qui est public est déjà, souvent, du second choix.
Aucun service ne voit tout. Ces quatre angles morts sont structurels, pas un défaut de tel ou tel produit.

La première limite est la plus dérangeante : on ne voit pas tout, et de loin. Les accès les plus juteux ne finissent jamais sur un forum public ; ils se négocient entre courtiers en accès et opérateurs de ransomware, dans des canaux privés où aucun crawler n'entre. Ce que la surveillance capte, c'est ce qui a été rendu visible, volontairement (une vitrine de vente) ou par négligence. Une absence d'alerte ne prouve donc jamais une absence d'exposition.

La deuxième, c'est le bruit. Une même adresse peut apparaître dans quinze combolists, dont quatorze sont des recyclages de la même vieille fuite. Un service mal calibré vous notifie quinze fois, vous perdez confiance, vous coupez les notifications, et le jour où l'alerte vraiment grave tombe, elle finit dans le même dossier ignoré. Sans tri, l'outil ne reste pas utilisable dans la durée.

Viennent ensuite les faux positifs. Les données vendues sur ces marchés ne sont pas garanties d'origine : un lot peut être gonflé de lignes inventées, mélanger plusieurs sources, ou attribuer à votre domaine des comptes qui n'ont jamais existé chez vous. Et il y a l'accès réellement privé, quatrième limite, qui recoupe la première : tout ce qui se joue en un contre un, sur une messagerie chiffrée, dans un club sur invitation, n'émet aucun signal.

Ce que la surveillance ne remplace pas

Repérer un identifiant en fuite vous dit qu'il y a un problème, pas que le problème est réglé. La valeur d'une alerte tient à ce que vous en faites dans l'heure : forcer une rotation de mot de passe, invalider les sessions actives, isoler le poste soupçonné d'être infecté par un infostealer. Sans procédure de réponse derrière, une surveillance ne sert pas à grand-chose.

Surveillance continue ou recherche ponctuelle : ne pas confondre

Beaucoup d'organisations croient "faire de la surveillance" alors qu'elles font une recherche ponctuelle. Taper son domaine une fois dans un outil, un jour donné, vous donne une photo à l'instant T. Or les fuites arrivent à des dates que vous ne choisissez pas : un log d'infostealer peut apparaître le lendemain de votre vérification, et vous ne le saurez qu'à votre prochaine recherche manuelle, dans six mois, si vous y repensez.

Une surveillance continue, c'est un flux : les sources sont réingérées en permanence, votre domaine est comparé à chaque nouveau lot, et vous êtes alerté quand quelque chose de nouveau tombe, pas quand vous pensez à demander. Le renseignement sur les menaces se périme vite : la fenêtre entre l'apparition d'un identifiant et son exploitation se compte souvent en jours, parfois en heures pour un cookie de session frais. Une photo annuelle ne protège de rien dans cette temporalité, et une veille branchée sur le seul catalogue public non plus : avec 4,6 mois de délai médian avant l'ajout, elle vous prévient souvent des mois après les faits.

Pourquoi ça n'a de sens que branché à votre surface d'attaque

C'est la raison pour laquelle nous ne vendons pas la surveillance dark web comme un gadget isolé. Une alerte "l'adresse [email protected] est en fuite" ne vaut pleinement que si vous savez, dans la foulée, ce que cette personne peut ouvrir chez vous : a-t-elle un accès VPN ? Un compte sur le webmail exposé que votre module de détection de fuites et de secrets a justement cartographié ? Le renseignement sur la fuite et la connaissance de la surface d'attaque sont deux moitiés de la même réponse.

C'est pour ça que la surveillance vit, chez nous, à l'intérieur de l'EASM. On part de votre domaine racine, on découvre tout ce qui vous est rattaché (sous-domaines, services exposés, comptes), et c'est ce même périmètre cartographié qui sert de grille de corrélation pour les fuites. Une adresse en fuite se pose alors sur un actif réel et daté, pas dans le vide. Le sujet des identifiants volés rejoint ici directement celui des fuites de secrets et de credentials exposés, dont la surveillance dark web n'est qu'un canal de détection parmi d'autres.

Cette logique de "partir de vous et remonter ce qui circule" a une conséquence pratique : elle traite en priorité les cas les plus courants et les plus rentables pour un attaquant, à savoir les mots de passe compromis réutilisés d'un service perso vers un accès pro. Elle évite aussi un réflexe à proscrire : envoyer un collaborateur "vérifier lui-même" sur Tor. Les marchés y sont truffés de clones et d'arnaques, et les faux navigateurs Tor comme les exécutables piégés servent justement à distribuer des infostealers : on va voir des données volées, on repart avec un poste infecté, et l'entreprise devient la prochaine fuite.

À retenir

  • La surveillance dark web traque cinq familles de signaux : identifiants d'employés, fuites de bases, combolists, logs d'infostealers (les plus dangereux), et mentions de votre marque.
  • Techniquement, elle fait deux choses distinctes : collecter largement (forums, paste sites, Telegram, dumps agrégés) et corréler à votre domaine pour ne garder que ce qui vous concerne.
  • Les catalogues agrégés sont en retard : dans HIBP, une fuite d'organisation entre 4,6 mois après les faits en médiane, plus d'un an après dans 35,5 % des cas, et les logs d'infostealers n'y pèsent que 6 entrées sur 1 041.
  • Une politique de mots de passe "complexes" ne protège pas d'un motif prévisible : 47,7 % des combinaisons prénom, année et caractère spécial testées par own2pwn étaient déjà dans Pwned Passwords.
  • Ses limites sont structurelles : on ne voit pas tout (l'accès privé échappe), il y a beaucoup de bruit et des faux positifs. Une absence d'alerte ne prouve pas une absence d'exposition.
  • Une surveillance continue (un flux qui vous alerte quand une fuite tombe) n'a rien à voir avec une recherche ponctuelle : le renseignement se périme en jours, pas en mois.
  • Elle ne prend tout son sens que branchée à votre surface d'attaque : une adresse en fuite doit se poser sur un actif réel pour qu'on sache ce qu'elle ouvre, et donc quoi faire.

Reste à savoir si des identifiants de votre organisation circulent déjà, et sur quels accès ils ouvrent. C'est la question que traite notre module Leaks & Secrets, rattaché à votre périmètre réel : il répond à ça en continu. Et si vous préférez exposer votre cas à quelqu'un, la page contact est là pour ça.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la surveillance du dark web ?

C'est un service qui cherche en continu, dans les fuites, forums et places de marché clandestines, les données liées à une organisation : identifiants d'employés, bases exfiltrées, combolists, logs d'infostealers, mentions de la marque. Le but n'est pas de fouiller le dark web par curiosité, mais d'être prévenu qu'un actif précis y circule, idéalement avant qu'un attaquant ne s'en serve.

Comment fonctionne la surveillance du dark web ?

Le service collecte en continu des données depuis des sources fermées et ouvertes : dumps de fuites, marchés, canaux de messagerie, agrégats d'infostealers. Il indexe ces contenus, puis cherche vos sélecteurs (domaine, adresses e-mail, noms de marque). Chaque correspondance est qualifiée par gravité et fraîcheur, puis remontée. La valeur tient à la couverture des sources et à la qualité du tri, pas à une prétendue vision totale.

La surveillance du dark web est-elle utile pour une entreprise ?

Oui, à condition d'en attendre le bon service. Elle raccourcit le délai entre le moment où des identifiants fuitent et celui où vous réagissez, surtout pour les logs d'infostealers récents avec cookies de session. Elle ne remplace pas les mesures de fond (mots de passe uniques, second facteur, réduction de la surface exposée) : elle les complète en donnant un signal d'alerte précoce.

Quelles sont les limites de la surveillance du dark web ?

Aucun service ne voit tout : les canaux privés, les ventes de gré à gré et les groupes fermés échappent à la collecte. Il y a des faux positifs (vieux mots de passe déjà changés) et des faux négatifs (fuites jamais publiées). Les catalogues agrégés sont aussi en retard : dans Have I Been Pwned, une fuite d'organisation entre en médiane 4,6 mois après les faits, et 35,5 % y entrent plus d'un an après. Le dark web monitoring donne une vue partielle et datée : c'est un capteur utile, pas une garantie d'exhaustivité.

Combien de temps faut-il pour qu'une fuite de données soit connue ?

Très variable. Sur 994 fuites d'organisations du catalogue Have I Been Pwned (extraction own2pwn du 7 octobre 2026), le délai médian entre la date de la fuite et son ajout au catalogue est de 4,6 mois, mais la distribution a deux bosses : 30,5 % des fuites sont ajoutées en moins d'un mois, 35,5 % plus d'un an après. Ce délai mesure l'entrée dans un catalogue public, pas la date à laquelle les données ont commencé à circuler, qui peut être bien antérieure.

Un mot de passe complexe protège-t-il d'une fuite ?

Pas s'il suit un motif humain. On a généré des mots de passe qui respectent une politique classique (12 caractères, majuscule, minuscule, chiffre, caractère spécial) et on les a testés en k-anonymat sur Pwned Passwords : 47,7 % des combinaisons prénom, année et caractère spécial y figuraient déjà, 38,7 % des combinaisons ville et code postal. Aucun des 3 127 mots de passe aléatoires de même longueur n'y était. La complexité exigée par la politique ne dit rien de la prévisibilité.

Surveillance du dark web ou recherche ponctuelle : quelle différence ?

Une recherche ponctuelle photographie l'instant : elle dit ce qui est visible aujourd'hui et périme aussitôt. La surveillance continue veille et vous alerte quand un nouvel élément apparaît, ce qui compte puisque les fuites tombent à tout moment. Pour un particulier, une vérification ponctuelle suffit ; pour une organisation, seule la surveillance continue a du sens.

Veille sécurité

La suite, une fois par mois

Ce qui bouge vraiment sur la surface d'attaque externe, NIS2 et la sécurité applicative, écrit par le pentester qui signe ces articles. Un envoi par mois, désinscription en un clic.

Votre adresse ne sert qu'à cet envoi. Voir la politique de confidentialité.